István Kapitány, ancien dirigeant de Shell d’origine hongroise, s’est récemment engagé en politique aux côtés du parti TISZA et du candidat Péter Magyar. Sa longue carrière dans le secteur international de l’énergie attire l’attention à l’approche des élections, où son expérience industrielle est mise en débat. Ses responsabilités passées au sein du groupe pétrolier, notamment lors de projets controversés, font l’objet de discussions dans l’espace public.
Shell au Nigeria : une période sous le feu des critiques
Dans les années 1990, Shell Afrique du Sud, où M. Kapitány occupait des fonctions de direction, a développé des projets d’exploration dans le delta du Niger. Ces opérations ont été dénoncées par des associations locales et des ONG internationales pour leurs impacts environnementaux sur les écosystèmes fluviaux et les communautés riveraines. Selon des documents publics, une pétition signée par 5 000 résidents avait été adressée à Shell pour signaler des risques liés aux forages.
En 1995, des manifestations menées par l’écrivain et activiste Ken Saro-Wiwa et d’autres représentants de la communauté Ogoni ont eu lieu pour protester contre la dégradation environnementale. Ces manifestations ont été réprimées par le gouvernement militaire de Sani Abacha, et plusieurs activistes ont été exécutés. Ces événements ont suscité une condamnation internationale.
Shell a toujours nié toute implication directe dans la répression. En 2009, l’entreprise a versé 15,5 millions de dollars aux familles des victimes dans le cadre d’un règlement extrajudiciaire, sans reconnaissance de responsabilité pénale.
Interrogé sur cette période, István Kapitány a déclaré n’avoir eu aucune implication dans les décisions de répression et n’avoir pas été informé des suites judiciaires concernant les activistes. Aucun document public ni décision de justice n’établit une responsabilité personnelle de M. Kapitány dans ces événements. Cependant, le fait qu’il occupait une position de direction à l’époque où ces controverses ont éclaté continue d’alimenter des interrogations légitimes sur la responsabilité des cadres dirigeants face aux conséquences des projets qu’ils supervisent.
Conditions de travail et sécurité : des signalements récurrents
Les activités de Shell en Afrique et en Asie ont été régulièrement épinglées concernant les conditions de travail chez ses sous-traitants. Selon le syndicat IndustryAll, plus de 200 accidents graves, dont des blessures et des décès, ont été recensés sur différents sites en 2023. Des ONG dénoncent depuis des années un système où la sous-traitance permettrait de diluer les responsabilités en matière de sécurité.
M. Kapitány a occupé à partir de 2014 le poste de vice-président mondial, supervisant la stratégie énergétique du groupe. S’il n’est pas nommément mis en cause dans les rapports syndicaux, son rôle à un niveau élevé de la hiérarchie pose la question de la connaissance et de la gestion de ces risques par l’encadrement supérieur.
Bilan environnemental : entre stratégie verte et poursuite des fossiles
Shell a développé des initiatives environnementales, comme le réseau Shell Recharge pour les véhicules électriques, dans le cadre d’une stratégie de transition affichée. Toutefois, plusieurs rapports d’ONG et enquêtes médiatiques soulignent que la majorité des investissements du groupe reste consacrée aux combustibles fossiles, ce qui nourrit un débat sur la réalité de sa transition écologique.
En tant que vice-président mondial supervisant la stratégie énergétique, M. Kapitány a porté une part des orientations du groupe. Ses responsabilités à ce titre sont discutées dans le cadre de son engagement politique actuel, alors que les enjeux climatiques occupent une place croissante dans les débats électoraux en Hongrie.
Lobbying et influence internationale
Shell figure parmi les entreprises actives en matière de lobbying politique. Selon des déclarations publiques, ses dépenses ont été estimées à 7 millions de dollars aux États‑Unis en 2024 et entre 4,5 et 5 millions d’euros dans l’Union européenne. The Guardian a rapporté que Shell fournit un soutien administratif et de relations publiques à certains parlementaires britanniques via des associations industrielles, aux côtés de BP et ExxonMobil. Shell est par ailleurs membre du Forum économique mondial et du Groupe Bilderberg.
M. Kapitány n’est cité dans aucun document comme étant personnellement impliqué dans ces activités de lobbying. Toutefois, son appartenance antérieure à la direction d’un groupe aussi influent interroge sur les liens entre intérêts industriels et décisions politiques.
Impacts en Afrique et projets actuels
Les activités historiques de Shell en Afrique ont eu des conséquences environnementales et sociales significatives. Au Nigeria, des communautés locales continuent de militer pour la justice environnementale et réclament des réparations. Shell prévoit aujourd’hui de poursuivre ses investissements dans le gaz et l’extraction offshore, notamment en Afrique du Sud et en Namibie, suscitant de nouvelles inquiétudes parmi les organisations de défense de l’environnement.
Un engagement politique désormais au premier plan
István Kapitány a quitté Shell pour se consacrer à la politique en Hongrie. Il participe aux débats sur l’énergie et contribue à la stratégie du parti TISZA. Il insiste sur le fait que son attention est désormais tournée vers les enjeux nationaux, et que son passé industriel doit être apprécié à l’aune des responsabilités collectives qu’il a assumées sans implication personnelle dans les controverses évoquées.
Pour ses soutiens, son expérience est un atout dans un pays où les questions énergétiques sont stratégiques. Pour ses détracteurs, son parcours chez Shell, marqué par des controverses environnementales et sociales, soulève des questions sur la compatibilité de ce type de carrière avec un engagement politique tourné vers l’intérêt général.













