À Libreville, l’actualité judiciaire rejoint le champ politique. Le Tribunal de première instance ouvre, ce jeudi 19 février, une audience correctionnelle ordinaire dans une affaire opposant le ministère public et le magistrat hors hiérarchie au Conseil d’État, Elie Nazaire OBIANG BEKALE, à l’actuel deuxième adjoint au maire de la mairie centrale, Arsène Édouard NKOGHÉ Nzé, ainsi qu’à plusieurs co-prévenus.
L’affaire, révélée par la presse judiciaire gabonaise sous la plume du journaliste juridique Gaël BOBOUAGNO LENGA, s’inscrit dans le prolongement d’un épisode électoral particulièrement tendu.
Une séquence post-électorale sous haute tension
Les faits remontent au lendemain du double scrutin législatif et local du 27 septembre dernier, dans le 5e arrondissement de Libreville. Des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montraient le président de la commission électorale de la circonscription, en l’occurrence le magistrat Obiang Bekale, pris à partie publiquement. Il était accusé de manipulation des procès-verbaux et vivement interpellé dans un climat de forte agitation.
La famille du magistrat avait alors dénoncé une « humiliation publique » et annoncé son intention de saisir la justice. La procédure engagée a abouti à la comparution des mis en cause devant la juridiction correctionnelle.
Une procédure de citation directe
Le dossier, inscrit au numéro d’ordre 16 et référencé sous le n° 3374/25-26, est introduit selon la procédure de citation directe. Ce mécanisme permet à la partie poursuivante de saisir directement la juridiction de jugement, sans phase d’instruction préalable.
Outre Arsène Édouard NKOGHÉ Nzé, plusieurs co-prévenus comparaîtront pour des faits qualifiés d’outrage à magistrat, d’injures publiques, de violences et voies de fait, infractions prévues et réprimées par les articles 157, 161, 286 et 230 du Code pénal gabonais.
Au-delà du dossier, un enjeu institutionnel
Si l’audience porte sur des faits précis et des responsabilités individuelles, elle soulève également une question plus large : celle de la protection pénale des magistrats dans l’exercice de leurs fonctions, en particulier en période électorale.
L’infraction d’outrage à magistrat vise à garantir le respect dû à l’autorité judiciaire et à préserver son indépendance. Dans un contexte où les tensions politiques peuvent se cristalliser autour des résultats et des procédures électorales, la frontière entre contestation et atteinte à l’institution devient un enjeu sensible.
L’audience du 19 février devra permettre au tribunal d’examiner la matérialité des faits, l’intention des prévenus et la qualification juridique retenue. Elle constituera, à bien des égards, un test pour l’équilibre entre liberté d’expression, responsabilité des acteurs publics et protection de l’autorité judiciaire.
Dans une démocratie en construction permanente, la réponse judiciaire attendue sera scrutée autant pour sa portée individuelle que pour le signal institutionnel qu’elle enverra.













