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Carburant au Gabon : pourquoi la pénurie révèle les failles de la sécurité énergétique

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Illustration de files d'attente dans une station-service à Libreville lors de la pénurie de carburant au Gabon

Les files d’attente interminables observées dans le Grand Libreville depuis la fin du mois de septembre ont mis en lumière toute la fragilité de notre approvisionnement en produits pétroliers. Malgré sa position de producteur d’hydrocarbures, le Gabon reste dangereusement exposé aux soubresauts internationaux et aux ratés de sa chaîne logistique. Face à cette situation, l’exécutif brandit des chantiers structurels d’envergure, mais la vraie question demeure : saurons-nous transformer l’essai ?

Il aura fallu à peine quelques jours de tensions pour que la question du carburant s’impose brutalement au cœur de notre quotidien. De Libreville à Akanda en passant par Owendo et la Nationale 1, automobilistes, chauffeurs de taxi et transporteurs ont dû s’armer de patience, transformant chaque passage à la pompe en véritable parcours du combattant. Un casse-tête quotidien qui paralyse à petit feu la machine économique.

Car au-delà de la galère des usagers, c’est toute la chaîne d’activité qui tousse. Lorsque l’essence ou le gasoil vient à manquer, les taxis tournent au ralenti, les livraisons s’asphyxient et les ménages subissent de plein fouet une crise sur laquelle ils n’ont aucune prise.

Une onde de choc aux origines multiples

Le Conseil des ministres du 8 octobre, présidé par le chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema, l’a reconnu sans détour : la situation exigeait une réponse forte. Si des navires ont fini par accoster pour relancer les livraisons, le mal est plus profond.

D’un côté, les perturbations maritimes internationales — à l’image des tensions dans le détroit d’Ormuz — poussent les fournisseurs mondiaux à privilégier les marchés les plus lucratifs, bousculant nos importations. De l’autre, notre dispositif national montre des limites structurelles évidentes. Compter aveuglément sur le retour au calme des marchés extérieurs relève de l’illusion.

La SOGARA et la nécessité de repenser l’outil national

Au cœur de cette mécanique, la Société gabonaise de raffinage (SOGARA) joue un rôle pivot. Lorsque sa production flanche, le pays se retrouve entièrement tributaire de l’extérieur.

Pour parer à cela, le gouvernement a posé trois jalons : moderniser la SOGARA, muscler nos stocks de sécurité et lancer les études pour doter le pays d’une nouvelle raffinerie. Des ambitions saluées, mais qui exigent du temps, des financements solides et un calendrier rigoureux. Entre la première pierre et le premier baril raffiné, les années défilent : cette nouvelle infrastructure ne résoudra pas les urgences de demain matin.

Le gouffre financier de la stabilisation des prix

C’est l’autre nerf de la guerre : le coût exorbitant du mécanisme de stabilisation des prix à la pompe. Conçu pour amortir les chocs et préserver le pouvoir d’achat, il pèse lourdement sur les finances de l’État. La facture mensuelle, qui oscillait entre 7 et 9 milliards de FCFA avant la crise ukrainienne, a atteint le sommet vertigineux de 30 milliards de FCFA en septembre 2026.

Une telle perfusion budgétaire protège certes les ménages à court terme, mais elle siphonne des ressources indispensables ailleurs, notamment dans la santé et l’éducation. L’équation est redoutable pour l’exécutif : comment alléger ce fardeau sans étouffer les consommateurs ni paralyser les transports et la distribution alimentaire ?

Vers une véritable souveraineté

Constituer de vrais stocks de sécurité géographiquement mieux répartis, maintenir la cadence dans les stations du Grand Libreville et traquer sans répit les reventes illicites sont des mesures d’urgence indispensables pour sécuriser durablement l’approvisionnement du pays. Mais le véritable test pour le gouvernement résidera dans le suivi et la transparence de ces réformes.

Pour les Gabonais, l’enjeu dépasse le simple soulagement de refaire le plein sans attendre des heures. Il s’agit de s’assurer que notre statut de producteur de pétrole rime enfin avec une autonomie réelle et durable.

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