En annonçant les Grandes Assises de l’école des compétences, le président Brice Clotaire Oligui Nguema veut engager une réflexion sur l’avenir du système éducatif gabonais. L’objectif est clair : mieux préparer les jeunes aux réalités du marché du travail.
Obtenir un diplôme ne garantit plus automatiquement un emploi. Ce constat, partagé dans de nombreux pays, s’impose également au Gabon. Chaque année, des milliers de jeunes terminent leurs études avec l’espoir d’intégrer le marché du travail, mais beaucoup se heurtent à une réalité complexe : certaines entreprises peinent à recruter les profils dont elles ont besoin, tandis que de nombreux diplômés peinent à trouver un poste correspondant à leur formation.
C’est pour répondre à cette problématique que le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a annoncé, lors de son discours sur l’état de la Nation, l’organisation prochaine des Grandes Assises de l’école des compétences. Cette initiative vise à repenser la manière dont les jeunes sont formés afin de mieux répondre aux besoins de l’économie nationale.
Former autrement pour mieux insérer
L’idée défendue par les autorités est simple : rapprocher davantage le monde de l’éducation de celui de l’entreprise.
Pendant longtemps, le système éducatif gabonais a principalement préparé les élèves à poursuivre des études ou à intégrer la fonction publique. Or, le marché de l’emploi a profondément évolué.
Aujourd’hui, les entreprises recherchent des profils capables de s’adapter rapidement, de maîtriser des compétences techniques et de répondre à des besoins très spécifiques.
Les futures Assises devront ainsi réfléchir aux moyens d’améliorer cette adéquation entre la formation et les réalités économiques.
Une économie en pleine transformation
Le Gabon s’est engagé dans une stratégie de diversification de son économie. L’agriculture, la pêche, les mines, le bois, le bâtiment, les transports, le tourisme, l’industrie et le numérique sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important dans la création de richesse.
Cette évolution entraîne une demande croissante de techniciens, d’ingénieurs, d’artisans qualifiés, de développeurs informatiques, de conducteurs d’engins, de spécialistes de la maintenance ou encore de professionnels de la logistique.
Autrement dit, les emplois de demain ne correspondront pas nécessairement aux formations qui étaient les plus recherchées hier.
Revaloriser la formation technique et professionnelle
L’un des enjeux des Grandes Assises sera probablement de renforcer la place de la formation professionnelle.
Dans de nombreux pays, les centres de formation technique travaillent en partenariat avec les entreprises afin d’adapter leurs programmes aux besoins réels des employeurs.
Cette approche permet aux étudiants d’acquérir des compétences directement utilisables sur le terrain, grâce à l’alternance, aux stages ou à l’apprentissage.
Le gouvernement semble vouloir s’inspirer de cette logique afin de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes Gabonais.
Les entreprises appelées à participer
La réussite d’une telle réforme dépendra largement de l’implication du secteur privé.
Les entreprises sont les mieux placées pour identifier les compétences qui leur manquent et anticiper les métiers qui émergeront dans les prochaines années.
Le dialogue entre les établissements de formation, les organisations professionnelles et les employeurs pourrait ainsi devenir un élément central de cette nouvelle stratégie.
L’objectif est de construire des formations plus proches des réalités du terrain et capables d’évoluer au rythme des transformations économiques.
Des initiatives déjà engagées
Les Grandes Assises ne partent pas d’une feuille blanche.
Depuis la Transition, plusieurs dispositifs ont été lancés pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes.
Le Pôle national de promotion de l’emploi (PNPE) accompagne les demandeurs d’emploi dans leur parcours d’insertion.
La plateforme PassEmploi241 facilite la mise en relation entre entreprises et candidats.
Le programme TaxiGab encourage l’auto-emploi dans le secteur du transport urbain.
Parallèlement, des milliers de jeunes ont bénéficié de formations dans des métiers jugés prioritaires par les pouvoirs publics.
Les Assises devraient permettre de donner davantage de cohérence à l’ensemble de ces initiatives.
Préparer les compétences de demain
Au-delà des métiers techniques, les entreprises recherchent désormais des compétences transversales.
La maîtrise des outils numériques, la capacité à travailler en équipe, la résolution de problèmes, la communication, l’esprit d’initiative ou encore l’entrepreneuriat prennent une place croissante dans les recrutements.
Le système éducatif devra donc non seulement transmettre des connaissances, mais aussi développer ces compétences qui favorisent l’adaptabilité des futurs professionnels.
Une réforme qui concerne toute la société
Les futures Assises ne s’adresseront pas uniquement aux enseignants.
Parents, étudiants, entreprises, universités, centres de formation, organisations professionnelles, partenaires sociaux et administrations publiques seront appelés à participer à cette réflexion.
L’ambition est de bâtir un système capable d’accompagner les transformations économiques du Gabon au cours des prochaines décennies.
Le défi de l’employabilité
Au fond, les Grandes Assises de l’école des compétences posent une question essentielle : comment permettre aux jeunes Gabonais de trouver plus facilement leur place dans une économie en mutation ?
La réponse ne dépend pas uniquement des établissements scolaires. Elle suppose également des entreprises créatrices d’emplois, des politiques publiques adaptées, des investissements soutenus et une formation capable d’évoluer au même rythme que les besoins du marché.
Si cette réforme atteint ses objectifs, elle pourrait contribuer à réduire progressivement le décalage entre les qualifications disponibles et les attentes des employeurs.
Plus largement, elle pourrait participer à faire de la compétence l’un des principaux moteurs de la compétitivité et du développement économique du Gabon, en donnant à la jeunesse les moyens de répondre aux défis d’un marché du travail en constante évolution.





