Dans son discours à la Nation prononcé à l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a consacré une place importante aux difficultés persistantes dans l’accès à l’eau et à l’électricité. Le chef de l’État reconnaît que la situation reste difficile pour de nombreux ménages et annonce vouloir accélérer les investissements, tout en ouvrant davantage le secteur aux investisseurs privés.
Il y a les grands projets qui donnent à voir les changements engagés depuis 2023. Et puis il y a les problèmes que les Gabonais rencontrent encore chez eux.
L’eau et l’électricité appartiennent à cette deuxième catégorie.
Le président de la République n’a pas cherché à minimiser la situation. Dans son discours du 16 août, il reconnaît que les coupures restent nombreuses et qu’elles affectent aussi bien les familles que les commerçants et les entreprises.
« La situation vécue par de nombreux ménages n’est pas acceptable », affirme-t-il.
Le constat est important. Depuis plusieurs mois, le gouvernement présente pourtant l’amélioration de l’accès à l’eau et à l’électricité comme l’une de ses priorités.
En février 2026, l’exécutif avait annoncé une réforme du secteur prévoyant notamment la séparation des activités liées à l’eau et à l’électricité de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Le calendrier présenté par le gouvernement prévoyait une mise en œuvre progressive de cette réforme jusqu’en 2027.
Quelques mois plus tard, les autorités annonçaient un programme d’investissement de 2 000 milliards de FCFA sur sept ans. L’objectif affiché est d’atteindre, à l’horizon 2030, un taux d’accès à l’électricité de 95 % et de 90 % pour l’eau.
Le discours présidentiel vient donc remettre ces engagements dans une perspective politique plus large.
Le problème n’est plus seulement de produire
Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, les efforts doivent désormais porter sur le transport et la distribution.
Le constat s’impose. Augmenter la production ne permettra pas de régler durablement les difficultés si les réseaux restent fragiles, saturés ou mal entretenus.
Cette question est devenue centrale dans les discussions autour de la réforme du secteur.
Les autorités ont déjà annoncé des investissements destinés à réhabiliter les infrastructures et à améliorer les réseaux. Le gouvernement estime notamment qu’une partie des difficultés actuelles est liée au manque d’entretien accumulé au fil des années.
Le chantier dépasse donc largement la construction de nouvelles installations.
Il faut aussi remettre en état ce qui existe, réduire les pertes, améliorer la distribution et assurer la maintenance.
Pour les usagers, la distinction est finalement secondaire. Ce qui compte, c’est la régularité du service.
Le secteur attire désormais les investisseurs
Le président a également adressé un message clair aux investisseurs.
« Le secteur du transport et de la distribution de l’eau et de l’électricité est ouvert aux acteurs sérieux capables d’investir, d’innover et de respecter les obligations du service public », a-t-il déclaré.
Ce recours aux acteurs privés s’inscrit au cœur des réformes de l’exécutif pour pallier un obstacle majeur : les investissements colossaux que l’État ne peut assumer seul.
Mais cette ouverture pose une question essentielle. Comment attirer des investisseurs privés dans un secteur stratégique tout en garantissant que l’accès à l’eau et à l’électricité reste un service public accessible aux populations ?
Le discours présidentiel apporte un premier élément de réponse : les opérateurs devront respecter les obligations liées au service public.
Les modalités concrètes seront déterminantes.
L’eau reste particulièrement sensible
Sur l’eau, les autorités ont déjà dû prendre des mesures d’urgence.
En juillet, le gouvernement avait renforcé les dispositifs de distribution d’eau potable face aux difficultés rencontrées dans plusieurs quartiers de Libreville. Des opérations de distribution avaient notamment été mises en place pour répondre aux besoins immédiats des populations.
Parallèlement, des projets structurants sont en cours.
À Foulayong, les autorités travaillent au renforcement des capacités de production d’eau potable. D’autres interventions concernent les réseaux de distribution, notamment à Mbomo. Le président avait demandé une accélération de ces projets afin que leurs effets puissent être rapidement ressentis par les populations.
Le partenariat conclu entre la SEEG et Suez doit également contribuer à la réhabilitation des infrastructures hydrauliques et à la réduction des pertes sur les réseaux.
Au-delà de la gestion de crise, ces chantiers illustrent une volonté de traiter le problème à la racine.
Le président demande aussi des comptes aux usagers
Dans son discours, le chef de l’État n’a toutefois pas fait porter toute la responsabilité sur l’État et les opérateurs.
Il a également dénoncé le non-paiement des factures, les actes de sabotage, la nonchalance et le laxisme.
Selon lui, ces comportements ont des conséquences directes sur le fonctionnement des réseaux et peuvent priver des familles d’électricité ou perturber l’activité des entreprises.
Par ce rappel, le chef de l’État entend instaurer un contrat de responsabilité partagée : à un service public rénové doit correspondre le respect des engagements citoyens.
Reste à savoir comment cette exigence sera appliquée dans les faits, notamment dans les zones où les populations subissent encore des coupures malgré le paiement de leurs factures.
Des objectifs désormais mesurables
Le gouvernement dispose aujourd’hui d’un calendrier et d’objectifs chiffrés.
Les 2 000 milliards de FCFA annoncés sur sept ans et les objectifs d’accès fixés pour 2030 donnent une première base permettant d’évaluer les progrès réalisés.
En inscrivant ces chantiers dans son cap politique, le chef de l’État admet l’écart qui subsiste avec le terrain, transformant l’accès universel aux services de base en une véritable obligation de résultat.
Dans les prochaines années, il sera possible de mesurer les progrès : nombre de ménages raccordés, fréquence des coupures, capacité de production, état des réseaux, pertes techniques, investissements réalisés et qualité du service.
C’est sur ces indicateurs que la réforme pourra réellement être jugée.
Un dossier qui dépasse la SEEG
La question de l’eau et de l’électricité dépasse désormais le seul fonctionnement de la SEEG.
Elle touche aux finances publiques, aux investissements privés, à l’urbanisation de Libreville et des autres villes, à l’industrialisation et à la compétitivité des entreprises.
Une industrie ne peut pas fonctionner correctement avec une alimentation électrique instable. Un hôtel ne peut pas accueillir durablement des clients sans eau. Un commerce ne peut pas travailler normalement lorsque les coupures se répètent.
Le problème devient donc économique autant que social.
C’est aussi pour cette raison que le président relie dans son discours la modernisation des infrastructures à l’attractivité du Gabon.
Le pays veut attirer davantage d’investissements. Il devra aussi être capable de garantir aux entreprises les conditions matérielles nécessaires à leur activité.
Le chantier le plus attendu par les Gabonais
Les grands projets d’infrastructures peuvent changer l’image d’un pays.
Mais pour une grande partie de la population, l’amélioration de la vie quotidienne se mesurera d’abord à des choses beaucoup plus simples.
Avoir de l’eau au robinet.
Pouvoir compter sur l’électricité.
Ne pas devoir organiser son activité autour des coupures.
Le président a reconnu cette réalité dans son discours du 16 août.
Il a également annoncé vouloir accélérer la transformation du secteur et appelé les investisseurs à prendre leur place dans ce chantier.
Les prochaines années permettront de voir si les réformes engagées produisent les effets annoncés.
Pour le pouvoir, l’enjeu est désormais clair : faire passer l’accès à l’eau et à l’électricité du statut de promesse politique à celui de résultat visible dans le quotidien des Gabonais.




