Les coupures d’électricité rythment encore le quotidien de nombreux Gabonais. Face à cette situation, le gouvernement annonce une réforme en profondeur du secteur énergétique : réorganisation de la SEEG, nouveaux investissements, modernisation des infrastructures et renforcement de la production. Au-delà des annonces, quels sont les véritables défis du système électrique gabonais et les solutions envisagées ?
Le réfrigérateur s’arrête brusquement. Les ventilateurs cessent de fonctionner. Les commerces basculent sur leurs groupes électrogènes, quand ils en possèdent un. Dans les quartiers résidentiels comme dans certaines zones d’activité, les délestages continuent de perturber la vie quotidienne des ménages et des entreprises.
Ces coupures répétées ne sont plus seulement une contrainte pour les habitants. Elles représentent désormais un frein au développement économique. Une usine qui interrompt sa production, un atelier qui suspend son activité ou un centre de santé privé d’électricité voient leur fonctionnement directement affecté.
Conscient de cette situation, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a consacré une partie importante de son discours sur l’état de la Nation à la question de l’énergie. Mais depuis cette allocution, les annonces se sont accélérées. La réforme de la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) a été officiellement engagée, avec une séparation des activités d’eau et d’électricité et une réorganisation de la chaîne de valeur du secteur électrique.
Ces décisions traduisent une conviction de l’exécutif : résoudre durablement les délestages ne consiste pas uniquement à produire davantage d’électricité. Il s’agit de repenser l’ensemble du système énergétique, de la production jusqu’à la distribution.
Pourquoi les délestages persistent-ils au Gabon ?
La première idée reçue consiste à penser que les coupures sont uniquement dues à un manque de production. En réalité, la situation est plus complexe.
Un réseau électrique repose sur quatre maillons indissociables : la production de l’énergie, son transport sur les lignes à haute tension, sa distribution jusqu’aux consommateurs et la maintenance permanente des équipements.
Une défaillance sur l’un de ces maillons peut entraîner des perturbations sur l’ensemble du réseau.
Au Gabon, plusieurs facteurs se combinent :
- une demande en électricité qui augmente avec la croissance démographique et l’urbanisation ;
- des infrastructures vieillissantes nécessitant des investissements importants ;
- des réseaux de transport et de distribution parfois saturés ;
- des besoins croissants liés au développement industriel.
À cela s’ajoutent des difficultés de gouvernance et de financement qui ont limité, au fil des années, la capacité du secteur à anticiper l’évolution de la consommation.
Une réforme structurelle de la SEEG
Le gouvernement estime que le modèle actuel de la SEEG est arrivé à ses limites.
Lors de son discours devant le Parlement, le chef de l’État a annoncé une réforme profonde de l’entreprise. Celle-ci prévoit notamment la séparation des activités d’eau et d’électricité, mais également une réorganisation des fonctions de production, de distribution et de commercialisation afin d’améliorer la performance du service public.
Quelques jours plus tard, le Conseil des ministres a franchi une nouvelle étape en actant la création de deux sociétés distinctes, l’une dédiée à l’eau et l’autre à l’électricité. Selon les autorités, cette spécialisation doit permettre une gouvernance plus efficace, une meilleure visibilité des investissements et une amélioration progressive de la qualité du service.
Cette réforme constitue l’un des changements institutionnels les plus importants qu’ait connus le secteur énergétique gabonais depuis plusieurs décennies.
Produire davantage d’électricité ne suffira pas
Construire de nouvelles centrales est indispensable, mais cela ne réglera pas à lui seul les difficultés rencontrées par les usagers.
L’électricité produite doit ensuite être transportée jusqu’aux centres de consommation grâce à des lignes à haute tension, avant d’être distribuée dans les quartiers, les entreprises et les administrations.
Lorsque ces réseaux sont insuffisamment entretenus ou arrivent à saturation, les coupures peuvent se multiplier, même si la capacité de production progresse.
C’est pourquoi le gouvernement entend également renforcer les infrastructures de transport et de distribution de l’énergie, tout en améliorant la maintenance des équipements existants.
Cette approche s’inscrit dans une vision plus globale du développement énergétique, où chaque maillon du système doit être modernisé pour garantir un approvisionnement plus fiable.




