Les coupures d’électricité font partie du quotidien de trop de Gabonais. ventilateurs qui s’arrêtent, congélateurs qui décongèlent, entreprises qui perdent des heures de production, élèves qui révisent à la lampe torche… Le scénario est connu. Les gouvernements successifs multiplient les annonces. Les projets sont lancés. Et pourtant, les délestages reviennent. Pourquoi cette situation dure-t-elle autant ?
Un problème qui ne se limite pas à la production
On parle beaucoup de nouvelles centrales et de turbines. C’est nécessaire. Mais ce n’est qu’une partie du problème. Produire plus d’électricité ne suffit pas si le réseau de distribution est saturé, mal entretenu ou mal dimensionné. Une grande partie des coupures vient précisément de là : transformateurs en surcharge, lignes vieillissantes, pertes techniques élevées.
Tant que le réseau ne suit pas, chaque nouveau mégawatt risque de se perdre en route ou de créer de nouvelles tensions ailleurs.
Des retards qui s’accumulent
Les projets d’envergure prennent du retard. Les turbines promises glissent de plusieurs mois. Les centrales hydroélectriques peinent à démarrer dans les délais annoncés. Les autorisations manquent, les raccordements traînent, les coordinations entre acteurs publics et privés se compliquent.
Résultat : la capacité de production n’augmente pas assez vite par rapport à la demande, surtout dans le Grand Libreville où la consommation concentre l’essentiel des besoins.
La SEEG au cœur du dispositif
La Société d’énergie et d’eau du Gabon reste l’acteur central. Elle cumule les critiques depuis des années : qualité de service, maintenance, relation clients, capacité d’investissement. Le gouvernement a annoncé sa restructuration, avec une séparation prévue entre les activités eau et électricité. Sur le principe, l’idée est bonne. Dans la pratique, une réforme de cette ampleur demande du temps, des moyens et une exécution rigoureuse. Les usagers, eux, jugent sur le courant qui arrive chez eux, pas sur les organigrammes.
Le coût de l’instabilité
Pour les ménages, les coupures signifient inconfort et dépenses supplémentaires (groupes électrogènes, perdition de nourriture). Pour les entreprises, c’est plus grave encore : pertes de production, matériel endommagé, délais non tenus, compétitivité en berne. Un industriel qui ne peut pas compter sur une alimentation stable hésite à investir ou à étendre son activité. L’instabilité électrique devient ainsi un frein direct à la transformation économique du pays.
Ce qu’il faudrait pour inverser la tendance
Stabiliser l’électricité au Gabon demande d’agir sur plusieurs fronts en même temps :
- Accélérer réellement la mise en service des capacités de production déjà engagées.
- Investir massivement dans la réhabilitation et le renforcement du réseau de distribution.
- Améliorer la maintenance préventive plutôt que de gérer les pannes en urgence.
- Rendre la gouvernance du secteur plus transparente et plus exigeante sur les résultats.
- Anticiper la demande au lieu de toujours courir après.
Sans cette approche globale, chaque nouvelle centrale ne fera que repousser le problème de quelques mois.
Le vrai critère de réussite
Les Gabonais ne demandent pas des discours sur la transition énergétique ou des chiffres de capacité installée. Ils demandent que la lumière reste allumée. Que le ventilateur tourne pendant la nuit. Que les entreprises puissent planifier leur production sans craindre la prochaine coupure.
Tant que ce critère simple ne sera pas rempli de façon durable, les annonces continueront de sonner creux. L’électricité n’est plus seulement un service public. C’est devenu un test de crédibilité pour l’action gouvernementale.




