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Souveraineté alimentaire au Gabon : comment sortir enfin de la dépendance aux importations

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Production local de riz au Gabon illustrant l’enjeu de la souveraineté alimentaire et de la réduction des importations

Le Gabon importe entre 70 et 80 % de ce qu’il mange. Chaque année, la facture frôle les 500 milliards de francs CFA. Pendant ce temps, le pays exporte du pétrole, du manganèse et du bois. Ce déséquilibre n’est plus tenable. Il pèse sur la balance commerciale, sur le pouvoir d’achat des ménages et sur la résilience du pays face aux chocs extérieurs.

La souveraineté alimentaire est devenue un objectif affiché. L’interdiction des importations de poulet de chair prévue pour janvier 2027 en est le symbole le plus visible. Mais passer d’une dépendance massive à une production locale digne de ce nom demande bien plus qu’une date butoir. Voici ce qu’il faut réellement mettre en place.

Une dépendance qui coûte cher

Les chiffres sont connus, mais ils méritent d’être rappelés. Quand 70 à 80 % des denrées consommées viennent de l’extérieur, le pays se retrouve exposé à la hausse des prix mondiaux, aux retards de livraison et aux fluctuations monétaires. Les ménages, eux, paient le prix fort. Les produits de base restent chers, et le panier de la ménagère s’alourdit dès que les cours internationaux s’enflamment.

Cette situation n’est pas une fatalité. Le Gabon dispose de terres, d’un climat favorable et d’un potentiel agricole réel. Ce qui a manqué jusqu’ici, c’est une organisation cohérente de la production jusqu’à l’assiette.

Le poulet, premier test grandeur nature

L’interdiction des importations de poulet de chair à partir de janvier 2027 constitue le premier grand test. Le marché représente près de 90 000 tonnes par an. Des conventions ont été annoncées pour bâtir des fermes intégrées et des abattoirs modernes. L’enjeu est simple : les producteurs locaux devront être capables de répondre à la demande sans provoquer de pénurie ni de flambée des prix.

Si le poulet produit au Gabon coûte nettement plus cher que celui qui arrivait en conteneur, le pouvoir d’achat des familles en pâtirait immédiatement. La réussite ne se mesurera donc pas au nombre d’inaugurations, mais à la capacité de nourrir les ménages à un tarif accessible.

Au-delà du poulet : les filières prioritaires

Limiter la stratégie à la volaille serait insuffisant. Le plan sectoriel vise une douzaine de filières : manioc, banane, riz, bétail, porc, tomate, oignon, piment, ananas, mangue… Chacune a ses propres contraintes.

Le manioc et la banane demandent une organisation solide de la collecte et de la transformation. Le riz nécessite des équipements adaptés et des infrastructures de conservation. Les légumes frais, eux, souffrent souvent de l’absence de chaînes de froid et de routes praticables. Une récolte abondante ne sert à rien si elle pourrit sur place.

Les conditions qui manquent encore

Pour que la production locale décolle réellement, plusieurs leviers doivent être actionnés en même temps :

  • Un accès sécurisé à la terre pour les producteurs, y compris les jeunes et les femmes.
  • Des intrants disponibles et à des prix raisonnables (semences, engrais, produits vétérinaires).
  • Des infrastructures de stockage et de transformation de proximité.
  • Des routes de desserte qui permettent d’acheminer les produits sans les perdre.
  • Un accès au crédit adapté aux cycles agricoles.
  • Une organisation des producteurs en groupements ou coopératives capables de négocier et de planifier.

Sans ces éléments, les ambitions resteront des discours.

Le rôle de l’État et du marché

L’État peut et doit créer les conditions. Mais il ne peut pas tout faire à la place des producteurs. Les agropoles annoncés devront prouver qu’ils fonctionnent réellement, loin des effets d’annonce. Les programmes d’accompagnement des jeunes et des femmes sont un début. Le vrai baromètre sera économique : combien de ces exploitations tiendront après la première ou la deuxième saison ? Combien d’emplois durables seront créés ?

De son côté, le marché doit pouvoir absorber la production locale. Cela suppose que les produits soient de qualité correcte, disponibles régulièrement et proposés à des prix compétitifs. Les consommateurs, même patriotes, arbitrent avec leur budget.

Ce qui déterminera le succès

La souveraineté alimentaire ne se décrète pas. Elle se construit saison après saison. Elle se mesure à ce que l’on trouve réellement sur les étals des marchés de Libreville, Port-Gentil ou Franceville : des produits locaux, de qualité suffisante, à des prix accessibles.

Si, dans deux ou trois ans, le poulet, le manioc, la banane, le riz et les légumes locaux gagnent nettement du terrain face aux importations, alors le cap aura été le bon. Si les pénuries et les hausses de prix dominent, la stratégie aura échoué, quelles que soient les intentions de départ.

Le Gabon a les cartes en main. Il lui reste à cesser de confondre les ambitions avec les résultats. Le verdict, comme toujours, se fera sur les marchés et dans les assiettes.

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