Se faire soigner hors de Libreville relève toujours du parcours du combattant. Pour pallier la pénurie chronique de spécialistes dans l’arrière-pays, le gouvernement parie sur des missions médicales éphémères. Une rustine administrative qui interroge sur la réalité d’une prise en charge durable.
C’est un serpent de mer sanitaire. À Lambaréné, à Tchibanga ou à Oyem, trouver un pédiatre, un cardiologue ou un gynécologue sans avaler des centaines de kilomètres reste un privilège rare. Face à cette fracture sanitaire, la parade trouvée par les autorités a de quoi faire tiquer : dépêcher des spécialistes sur place au compte-gouttes, lors de missions chronométrées oscillant entre quinze jours et un mois par an.
Sur le papier, l’intention louable vise à désengorger la capitale et à offrir un premier contact salvateur avec la médecine de pointe. Sur le terrain, la réalité est tout autre.
Le piège du coup de fusil thérapeutique
Pour un patient souffrant d’une pathologie lourde ou chronique, une consultation annuelle en coup de vent ressemble davantage à un coup d’épée dans l’eau qu’à un véritable suivi. Comment bâtir une relation thérapeutique de confiance ? Comment ajuster un traitement au long cours quand le médecin traitant disparaît onze mois sur douze ?
Ces expéditions médicales ponctuelles permettent de diagnostiquer, certes. Mais elles butent inévitablement sur l’après-mission. Faute de relais locaux formés ou de plateformes de coordination rodées entre les hôpitaux régionaux et les grands centres de Libreville, le malade se retrouve vite replongé dans l’isolement thérapeutique.
Repenser l’équité territoriale au-delà de l’effet d’annonce
Le problème de fond n’est pas de saupoudrer des compétences médicales à la faveur d’un calendrier ministériel, mais de fixer durablement les soignants dans les provinces. Sans un plan global incluant des infrastructures modernisées, des incitations financières attractives et un maillage territorial solide, ces missions ne seront qu’un pansement cosmétique sur une hémorragie structurelle.
Pour les populations de l’intérieur, l’accès à la santé ne doit pas dépendre de la date de passage d’une caravane médicale, mais constituer un droit fondamental permanent.




