La République de Guinée équatoriale a franchi dans la semaine une étape institutionnelle majeure de son histoire contemporaine. Par décret présidentiel, les autorités ont officiellement transféré la capitale du pays de Malabo à Ciudad de la Paz (Ville de la Paix), située dans la province de Djibloho, sur le territoire continental. Cette décision met fin à plus d’un demi-siècle durant lequel Malabo, sur l’île de Bioko, a concentré les fonctions politiques et administratives de l’État.
Ce changement n’est ni soudain ni improvisé. Il s’inscrit dans un projet de long terme lancé dès 2008 avec la construction d’une nouvelle ville alors baptisée Oyala, pensée comme une capitale moderne, planifiée et adaptée aux ambitions de développement du pays. Rebaptisée par la suite Ciudad de la Paz, la cité a été conçue pour accueillir progressivement les institutions républicaines, les services administratifs et les symboles de l’État.
L’un des objectifs centraux de ce transfert est de ramener le cœur politique du pays sur la terre ferme, afin de réduire les contraintes logistiques liées à l’insularité de Malabo et de favoriser un meilleur équilibre territorial. En installant la capitale sur le continent, les autorités entendent rapprocher l’administration d’une plus large partie de la population et renforcer l’intégration nationale.
Ciudad de la Paz dispose déjà de plusieurs infrastructures modernes, fruit d’investissements importants consentis sur près de deux décennies. La ville abrite notamment des complexes hôteliers de grande envergure, dont le Grand Hotel Djibloho, ainsi que des axes routiers, des quartiers résidentiels et des bâtiments publics. Elle est également appelée à devenir un pôle universitaire majeur, avec la construction en cours de l’Université d’Oyala, présentée comme la future plus grande université d’Afrique centrale.
Le décret présidentiel prévoit par ailleurs un délai d’un an pour le transfert effectif des services de l’administration publique et de la Présidence de la République vers la nouvelle capitale. Cette période transitoire doit permettre une réorganisation progressive de l’appareil d’État, en limitant les perturbations institutionnelles et administratives.
Au-delà de l’aspect logistique, ce transfert revêt une forte portée symbolique. En choisissant l’appellation « Ciudad de la Paz », les autorités entendent inscrire la nouvelle capitale dans un imaginaire de stabilité, de concorde nationale et de projection vers l’avenir. La ville, longtemps restée discrète et peu accessible médiatiquement, entre désormais dans une nouvelle phase, celle de la visibilité officielle et de la pleine reconnaissance institutionnelle.
Si Malabo conserve son importance historique, économique et diplomatique, Ciudad de la Paz s’affirme désormais comme le nouveau centre névralgique du pouvoir équato-guinéen. Ce choix stratégique, parmi les plus importants des vingt dernières années, marque la volonté de l’État de repenser son organisation territoriale et administrative à l’aune de ses priorités de développement et de gouvernance.













