Le 21 octobre dernier, une information est passée presque inaperçue : la remise officielle de 16 000 nouveaux titres fonciers au chef de l’État. Derrière ce volume impressionnant se cache bien plus qu’une simple formalité bureaucratique. C’est le dénouement espéré de longues années de frustrations, de litiges de voisinage interminables, de parcelles vendues à plusieurs acquéreurs et de familles entières luttant pour faire valoir leurs droits de propriété.
Un problème ancien et très concret
Au Gabon, la question foncière reste l’un des sujets les plus sensibles du quotidien. Combien de citoyens ont acheté un terrain « en bonne et due forme », pour découvrir sur le tard qu’un autre titre coexistait sur la même parcelle ? Combien de projets de construction ou d’exploitations agricoles se retrouvent bloqués par manque de documents irréfutables ? Combien de successions virent au drame familial faute de repères juridiques clairs ?
Pendant longtemps, le cadastre a constitué le maillon faible de l’administration. Entre données lacunaires, lenteurs administratives, manque de transparence et superposition des titres, l’institution souffrait d’un déficit chronique de confiance.
Les 16 000 titres, un signal fort
La présentation de ces 16 000 titres au président de la République n’a rien d’anodin. Elle s’inscrit dans un mouvement global où le gouvernement multiplie les annonces en faveur de la modernisation de l’État et de la dématérialisation. Régulièrement mis en avant, le cadastre numérique est présenté comme le sésame de la souveraineté et de la sécurisation des droits citoyens.
Si ce chiffre prouve que l’appareil administratif commence à livrer des résultats, il soulève de légitimes interrogations : ces actes sont-ils infaillibles ? Les données ont-elles été purgées des erreurs du passé ? Les superpositions de parcelles appartiennent-elles à l’histoire ancienne ? Et surtout, le citoyen lambda ressent-il une réelle simplification dans ses démarches quotidiennes ?
Au-delà des chiffres
Garantir la sécurité foncière ne se résume pas à distribuer du papier : c’est tarir la source des conflits. C’est donner à un jeune entrepreneur la possibilité d’obtenir un prêt bancaire en s’appuyant sur un bien qu’il détient légitimement. C’est offrir aux municipalités une cartographie fiable pour planifier l’urbanisme, tout en freinant la spéculation frénétique et les doubles ventes d’une même parcelle.
Le virage numérique peut effectivement tout changer, à condition que les bases de données soient rigoureusement nettoyées, que les parcours administratifs soient allégés et que l’accès au service demeure garanti pour les populations moins familières avec le numérique.
Ce qui reste à prouver
Si les autorités multiplient les déclarations d’intention sur la transparence foncière et que ces 16 000 premiers titres constituent une avancée tangible, le véritable juge de paix sera le temps. Le rythme des attributions va-t-il s’intensifier ? Les délais d’obtention vont-ils fondre ? Les contentieux vont-ils s’effondrer ?
Pour l’instant, le signal envoie de bonnes ondes. Mais il reste à transformer cette étape en une véritable institution de confiance. Car en matière foncière, plus que sur n’importe quel autre front, les Gabonais n’attendent qu’une seule garantie : savoir si leur titre est impénétrable ou s’ils risquent de tout perdre du jour au lendemain.




