Libreville, 9 janvier 2026. Dans un discours solennel prononcé le 8 janvier 2026 à l’occasion de la traditionnelle cérémonie de présentation des vœux au Chef de l’État, Michel Régis Onanga Ndiaye, nouveau président de l’Assemblée nationale du Gabon, a marqué les contours d’une législature résolument tournée vers la consolidation de la Ve République. Son allocution, à la fois respectueuse des protocoles républicains et ferme sur les principes institutionnels, a tracé une feuille de route claire : celle d’un Parlement actif, vigilant, et pleinement inscrit dans la logique de la transition démocratique achevée en 2025.
Une transition saluée, une restauration institutionnelle soulignée
Le président de l’Assemblée a d’abord rendu hommage à la « transition maîtrisée et porteuse d’espoir » qui a conduit le Gabon à renouveler l’ensemble de ses institutions en l’espace de quelques mois. Qualifiant l’année 2025 de « moment historique » aux côtés des années 1960 et 1990, il a souligné le respect scrupuleux du chronogramme fixé par les autorités de la transition, « engagement personnel pris devant le peuple gabonais et la communauté internationale ». Ce respect, a-t-il insisté, témoigne de l’« attachement à la parole donnée », d’un « esprit républicain » et d’un « patriotisme renouvelé ».
Il a rappelé que l’Assemblée nationale, deuxième institution restaurée après la présidence de la République, s’est immédiatement engagée dans l’adoption des textes nécessaires au fonctionnement des autres institutions, tout en élaborant un nouveau règlement intérieur désormais soumis à la Cour constitutionnelle, une mesure présentée comme gage de sécurité juridique et de respect de l’État de droit.
Un Parlement qui refuse d’être une « chambre d’enregistrement »
L’un des passages les plus marquants du discours concerne l’engagement de la XIVe législature à exercer pleinement ses prérogatives constitutionnelles. Face aux interrogations légitimes sur l’équilibre des pouvoirs dans un contexte marqué par une majorité confortable du parti au pouvoir et l’entrée symbolique de deux députés de la diaspora, Michel Régis Onanga Ndiaye a tenu à lever toute ambiguïté : « Il n’en sera rien », a-t-il affirmé avec fermeté, en réponse à ceux qui redoutent un Parlement docile.
L’Assemblée nationale, a-t-il martelé, entend « légiférer, consentir l’impôt, contrôler l’action gouvernementale et évaluer les politiques publiques », en mobilisant tous les outils juridiques à sa disposition. Ce rappel des fonctions essentielles du pouvoir législatif constitue un signal fort adressé à l’Exécutif, mais aussi aux citoyens : la Ve République ne saurait se construire sans un Parlement véritablement autonome et critique.
Des attentes sociales fortes, une exigence de rigueur procédurale
Michel Régis Onanga Ndiaye n’a pas omis de mentionner les attentes concrètes des Gabonais : sécurité, santé, éducation, accès à l’eau, à l’énergie, mobilité, emploi. Il a salué les réformes déjà engagées par le gouvernement, tout en soulignant que « les aspirations du peuple doivent guider notre action commune ». Ce ton mesuré, à la fois reconnaissant et exigeant, traduit la volonté de jouer un rôle de relais responsable entre les citoyens et les institutions.
Mais au-delà des politiques publiques, le président de l’Assemblée a mis l’accent sur un enjeu plus technique, mais fondamental : le respect strict des procédures législatives. Il a regretté que certains textes soient transmis au Parlement « sans décret d’accompagnement, sans visa préalable du Conseil d’État, et parfois même sans loi de ratification ». Une telle pratique, a-t-il souligné, « ne facilite guère l’accomplissement serein et rigoureux du travail parlementaire ».
En appelant le gouvernement à respecter le décret n°238 du 16 mai 2025 réglementant les procédures d’adoption des textes, il a mis en avant un principe souvent négligé mais essentiel à la crédibilité du système démocratique : la qualité du processus législatif.
Diplomatie parlementaire et rayonnement international
Enfin, le discours a mis en valeur le rôle de la diplomatie, tant bilatérale que parlementaire, dans le retour du Gabon sur la scène internationale. Saluant l’action du Chef de l’État durant la transition, Michel Régis Onanga Ndiaye a annoncé que la nouvelle Assemblée entend « proclamer le retour du Gabon dans le concert des nations » et œuvrer, aux côtés de l’Exécutif, à la « promotion de la destination Gabon » et à l’« essor économique au service exclusif du peuple gabonais ».
Une solennité empreinte d’humanité
Si le ton du discours a été institutionnel, il n’en a pas moins été humain. Une pensée a été adressée aux « familles éplorées par le deuil et les difficultés quotidiennes », rappelant que derrière les institutions se trouvent des citoyens aux attentes nombreuses. La conclusion, mêlant prière et respect des ancêtres, a su allier tradition et modernité, spiritualité et responsabilité républicaine.
In fine, le premier discours de Michel Régis Onanga Ndiaye en tant que président de l’Assemblée nationale a posé les jalons d’une législature exigeante : ni opposante systématique, ni complice passive, mais actrice engagée dans la consolidation d’une Ve République dont la crédibilité dépendra, autant que des réformes, de la rigueur avec laquelle les institutions se respecteront mutuellement. Le message est clair : au Gabon, « plus rien ne doit être comme avant ».













