De Nkok à Ikolo, le Gabon mise sur les Zones d’investissement spéciales pour attirer les investisseurs, accélérer la transformation locale et diversifier son économie
Pendant plusieurs décennies, l’économie gabonaise a reposé principalement sur l’exploitation et l’exportation de matières premières, notamment le pétrole, le manganèse et le bois. Ce modèle, fortement dépendant des cours internationaux, a progressivement montré ses limites en matière de création d’emplois, de valeur ajoutée locale et de diversification économique.
Pour répondre à ces défis, le Gabon a engagé une politique d’industrialisation fondée sur la transformation locale des ressources naturelles. Cette stratégie s’est matérialisée par la création de zones industrielles bénéficiant d’un régime spécifique destiné à attirer les investisseurs nationaux et internationaux.
Connues du grand public sous le nom de Zones économiques spéciales (ZES), ces plateformes relèvent désormais du régime des Zones d’investissement spéciales (ZIS), instauré par la loi n°036/2018 du 8 février 2019. Cette évolution juridique a élargi leur champ d’action et modernisé leur cadre de fonctionnement afin de renforcer l’attractivité du Gabon.
Aujourd’hui, deux plateformes structurent cette politique industrielle : la ZIS de Nkok, près de Libreville, et la ZIS d’Ikolo, dans la province du Moyen-Ogooué. À terme, elles doivent contribuer à faire du Gabon un pôle régional de transformation industrielle.
Des Zones économiques spéciales aux Zones d’investissement spéciales
Le terme « Zone économique spéciale » demeure le plus utilisé par les internautes et les médias. Pourtant, sur le plan juridique, le Gabon a fait évoluer son dispositif.
La loi relative aux Zones d’investissement spéciales a remplacé le régime des anciennes Zones économiques à régime privilégié (ZERP). Cette réforme ne constitue pas un simple changement d’appellation.
Elle poursuit plusieurs objectifs :
- rendre le dispositif plus attractif pour les investisseurs ;
- élargir les activités pouvant être exercées dans les zones ;
- simplifier les procédures administratives ;
- renforcer la sécurité juridique des investissements ;
- favoriser une industrialisation plus diversifiée.
Ainsi, les ZIS ne sont plus exclusivement destinées aux industries de transformation du bois. Elles peuvent désormais accueillir des entreprises industrielles, commerciales, agricoles, technologiques, de services, de recherche, d’éducation ou encore de tourisme, sous réserve des agréments prévus par la réglementation.
Pourquoi le Gabon a-t-il créé ces zones ?
La création des zones industrielles répond à une logique économique claire.
Pendant longtemps, le Gabon exportait une grande partie de ses ressources sous forme brute. Ce modèle limitait les retombées économiques nationales puisque la transformation industrielle, créatrice de valeur et d’emplois, était réalisée à l’étranger.
L’interdiction d’exporter les grumes en 2010 a marqué un tournant majeur. Cette décision a contraint les opérateurs forestiers à transformer davantage de bois sur le territoire national avant exportation. Elle a également accéléré le développement de la plateforme industrielle de Nkok.
Au-delà du secteur forestier, les autorités souhaitent aujourd’hui appliquer cette logique à d’autres filières comme la métallurgie, l’agro-industrie, les matériaux de construction, la chimie ou encore les industries manufacturières.
Les objectifs poursuivis sont multiples :
- accroître la valeur ajoutée produite au Gabon ;
- attirer les investissements directs étrangers ;
- développer un tissu industriel compétitif ;
- créer des emplois qualifiés ;
- favoriser le transfert de technologies ;
- augmenter les exportations de produits transformés.
Nkok, la vitrine de l’industrialisation gabonaise
Située à environ 27 kilomètres de Libreville, la plateforme industrielle de Nkok constitue aujourd’hui le principal pôle industriel du Gabon.
Créée en 2010 dans le cadre d’un partenariat public-privé entre l’État gabonais et ARISE Integrated Industrial Platforms (ARISE IIP), elle s’étend sur plus de 1 100 hectares et regroupe des espaces industriels, commerciaux et résidentiels.
Selon les données actualisées d’ARISE IIP, la plateforme accueille 144 entreprises issues de 16 pays, réparties dans 22 secteurs industriels. Elle comprend notamment un important cluster dédié à la transformation du bois, qui rassemble à lui seul 84 entreprises.
Au fil des années, Nkok a progressivement diversifié ses activités.
Outre le bois, on y retrouve aujourd’hui :
- la sidérurgie ;
- la métallurgie ;
- les matériaux de construction ;
- les industries pharmaceutiques ;
- la chimie ;
- le recyclage ;
- l’agro-industrie ;
- la fabrication d’équipements industriels.
Cette diversification traduit la volonté du Gabon de développer une base industrielle moins dépendante d’un seul secteur.
Des investissements de plusieurs centaines de milliards de FCFA
Le développement de Nkok a nécessité d’importants investissements publics et privés.
Les infrastructures de base – voiries, alimentation en eau, production d’électricité, réseaux logistiques et équipements industriels – ont mobilisé plusieurs centaines de milliards de francs CFA.
Les données du ministère de l’Économie indiquent que les investissements directs cumulés réalisés dans la zone atteignaient déjà près de 700 milliards de FCFA à la fin de l’année 2018. À cette période, la plateforme comptait 98 entreprises opérationnelles et avait généré environ 3 600 emplois directs et indirects, un chiffre en forte progression par rapport aux années précédentes.
Depuis, la plateforme a poursuivi son expansion avec l’installation de nouveaux investisseurs et l’élargissement des filières industrielles, ce qui explique les chiffres plus élevés publiés récemment par ARISE IIP. Les différences observées entre les sources s’expliquent essentiellement par les dates de référence et le périmètre retenu (entreprises opérationnelles, entreprises agréées ou ensemble des sociétés implantées).
Ikolo, la deuxième plateforme industrielle
Afin d’étendre le modèle de Nkok à d’autres régions, le Gabon a lancé la Zone d’investissement spéciale d’Ikolo, située près de Lambaréné.
Fruit d’un partenariat entre l’État et ARISE IIP conclu en 2021, cette plateforme est conçue comme un parc industriel multisectoriel intégrant des espaces industriels, logistiques et résidentiels.
Sa vocation première est de soutenir la transformation du bois, tout en offrant des capacités d’accueil à d’autres activités industrielles grâce à des infrastructures modernes et à un guichet unique destiné à simplifier les démarches administratives des investisseurs.
L’objectif est également de mieux répartir l’activité industrielle sur le territoire national afin de favoriser le développement économique des provinces.
Quels emplois créent les ZIS ?
Les Zones d’investissement spéciales ne créent pas uniquement des emplois industriels.
Autour des usines se développent de nombreuses activités de services qui génèrent des besoins en main-d’œuvre qualifiée et non qualifiée.
Les profils les plus recherchés sont notamment :
- conducteurs d’engins ;
- techniciens de maintenance ;
- électromécaniciens ;
- soudeurs ;
- opérateurs de production ;
- logisticiens ;
- spécialistes HSE ;
- ingénieurs industriels ;
- responsables qualité ;
- informaticiens industriels.
À ces métiers s’ajoutent les emplois liés au transport, à la sécurité, à la restauration collective, à la maintenance des infrastructures et aux services administratifs.
Les ZIS jouent ainsi un rôle important dans le développement des compétences industrielles au Gabon.
Quels défis restent à relever ?
Malgré les résultats obtenus, plusieurs défis demeurent.
Le développement des Zones d’investissement spéciales dépend notamment :
- de l’amélioration des infrastructures de transport ;
- d’une offre énergétique compétitive ;
- du renforcement de la formation technique et professionnelle ;
- de l’intégration des PME gabonaises dans les chaînes de valeur ;
- de la poursuite de la diversification industrielle au-delà des filières historiques.
L’enjeu est désormais de faire des ZIS non seulement des pôles de production, mais également des moteurs d’innovation, de création d’emplois qualifiés et d’exportation de produits à forte valeur ajoutée.
Ce qu’il faut retenir
Les Zones d’investissement spéciales constituent aujourd’hui l’un des principaux instruments de la politique d’industrialisation du Gabon.
Avec Nkok, devenue une référence régionale en matière de transformation industrielle, et Ikolo, appelée à renforcer cette dynamique, le pays cherche à attirer davantage d’investissements, développer une industrie compétitive et transformer localement ses ressources naturelles.
Au-delà des avantages accordés aux entreprises, ces plateformes illustrent une ambition plus large : bâtir une économie plus diversifiée, créatrice de valeur et d’emplois durables.





