À Libreville comme dans les autres villes du pays, le prix du panier de la ménagère reste une préoccupation quotidienne. Riz, huile, sucre, produits alimentaires : pour les familles, chaque variation se ressent directement sur le budget. Face à cette pression sur le pouvoir d’achat, la Centrale d’Achat du Gabon (CEAG) accélère son déploiement sur le terrain.
Créée pour réduire les coûts d’approvisionnement et faciliter l’accès aux produits essentiels, la CEAG a déjà quitté le stade du projet. Depuis son lancement officiel en avril, elle multiplie les opérations commerciales dans le Grand Libreville et commence à se rapprocher des populations dans les provinces.
La CEAG veut changer le circuit des produits
La Centrale d’Achat doit acheter, négocier, stocker puis distribuer des produits de consommation courante dans le but de réduire les coûts d’approvisionnement. Son statut prévoit notamment la centralisation des commandes et la mise en place d’un dispositif d’approvisionnement régulier à coûts réduits.
L’objectif est donc de peser sur un problème qui dépasse le seul prix affiché dans les magasins : combien coûte réellement un produit avant d’arriver dans le panier du consommateur ?
Entre l’achat, le transport, les différents intermédiaires, le stockage et la distribution, le prix final peut rapidement augmenter.
L’enjeu de la CEAG consiste à éliminer les intermédiaires pour casser cette spirale inflationniste.
Des marchés populaires pour tester le modèle
La stratégie a commencé par des opérations ponctuelles.
En avril, le lancement du Méga Marché de la CEAG à Akanda avait attiré de nombreux habitants venus acheter des produits à coûts réduits. Le gouvernement avait alors annoncé son intention de développer progressivement un réseau de points de vente dans le Grand Libreville avant une extension aux provinces.
Depuis, le dispositif s’est étendu.
Akanda et Owendo ont accueilli des opérations, puis Nzeng-Ayong. Fin juillet, la CEAG a également commencé à se rapprocher des quartiers de la périphérie de Libreville avec une opération dans les PK.
À Makokou, un Méga Marché populaire a également été organisé du 24 au 26 août dans le cadre des festivités de la Libération.
Ce déploiement donne une première indication : le gouvernement veut faire de la CEAG un dispositif visible directement par les consommateurs, et pas seulement une structure administrative.
Mais une question reste entière : les prix peuvent-ils tenir ?
Vendre moins cher pendant quelques jours lors d’un marché ponctuel est une chose. Maintenir durablement des prix compétitifs dans les magasins en est une autre.
Pour que la CEAG puisse réellement peser sur le coût de la vie, il faudra qu’elle puisse garantir plusieurs éléments à la fois : des volumes suffisants, un approvisionnement régulier, une logistique maîtrisée et un réseau de distribution capable de couvrir les besoins des ménages.
Le gouvernement lui-même présente la régulation des prix et le contrôle des circuits de distribution comme deux axes de sa politique de lutte contre la vie chère.
La réussite du dispositif dépendra donc de sa capacité à négocier les volumes à la source et à maîtriser la chaîne logistique.
De la vie chère à la souveraineté alimentaire
La CEAG commence également à prendre une place dans la politique agricole du pays.
En août, le ministère de l’Agriculture et la Centrale d’Achat ont signé un cahier des charges pour accompagner le Plan opérationnel d’urgence de la filière avicole.
L’objectif affiché est de renforcer la production locale et de préparer l’arrêt des importations de poulet de chair à partir du 1er janvier 2027.
Ce dossier montre que la Centrale d’Achat pourrait progressivement dépasser la seule question des prix.
Elle pourrait devenir un intermédiaire entre producteurs gabonais et consommateurs, avec l’ambition de faciliter l’écoulement de la production locale.
Le prochain test sera celui de la disponibilité
Sur le terrain, les ménages jugeront le dispositif à l’épreuve des faits : le prix, la disponibilité et la régularité des stocks.
Ils ne jugeront pas la CEAG sur son statut juridique ni sur le nombre d’opérations organisées. Ils regarderont trois choses : le prix, la disponibilité et la régularité.
Un produit moins cher mais disponible seulement quelques jours ne change pas durablement les habitudes de consommation. À l’inverse, un réseau capable de proposer régulièrement des produits essentiels à des prix compétitifs pourrait réellement modifier le fonctionnement du marché.
La CEAG est désormais lancée. Elle doit maintenant démontrer qu’elle peut passer des opérations ponctuelles à un véritable réseau d’approvisionnement.
C’est à ce moment-là que l’on saura si la Centrale d’Achat peut réellement devenir l’un des principaux instruments de lutte contre la vie chère au Gabon.




