Le gouvernement réorganise en profondeur la filière aurifère au Gabon. De l’extraction jusqu’à l’exportation, les autorités entendent désormais contrôler et tracer chaque gramme produit sur le territoire. Au cœur de cette stratégie, la Raffinerie Gabonaise de l’Or (RGO) de Nkok s’impose comme le point de passage obligé du métal précieux.
La réforme présentée par le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, dépasse le cadre d’une simple interdiction d’exporter du minerai brut. Elle refonde l’ensemble du circuit commercial et industriel, depuis les gisements jusqu’aux comptoirs de vente.
Lors de sa visite du 7 septembre 2026 à la RGO, le membre du gouvernement a dévoilé les contours de cette nouvelle organisation. L’ambition affichée est claire : mettre fin à l’opacité du secteur en instaurant un contrôle étatique strict, résumé par le slogan officiel : « De l’or extrait à l’or souverain ».
Du contrôle des sites d’extraction à la traçabilité par QR Code
L’assainissement commence à la source. L’État mène une opération d’identification des exploitants, de vérification des permis et de mise à jour du cadastre minier.
Cette étape s’appuie sur l’audit interne finalisé par le ministère suite à la suspension de l’orpaillage artisanal le 22 juin 2026, combiné à l’audit externe actuellement confié au cabinet Talex. La réouverture des sites reste conditionnée à la régularisation complète des opérateurs.
Sur le terrain, la circulation libre du minerai appartient au passé. Chaque lot sera rattaché à son site d’extraction d’origine, qu’il s’agisse d’une concession industrielle ou d’une coopérative artisanale. Une fois arrivé à Nkok, chaque lot raffiné recevra un QR Code retraçant l’intégralité de son parcours.
La RGO de Nkok : pivot du raffinage et du contrôle des achats
La Raffinerie Gabonaise de l’Or devient l’unique porte de sortie de la production nationale. L’obligation de purifier le métal sur place précède l’entrée en vigueur imminente de l’interdiction d’exporter l’or brut.
À Nkok, la RGO assure la réception, la purification, la certification aux normes internationales et le conditionnement des lingots. Le dispositif vise à capter la valeur ajoutée directement sur le sol national.
L’exécutif ferme également le circuit aux transactions informelles en interdisant le rachat d’or aux particuliers. La collecte bascule sous contrôle direct de l’État, centralisant la fonte et la commercialisation pour stopper la fuite du minerai vers les réseaux clandestins.
Constitution d’un stock stratégique et répartition des rôles
Au-delà de la transformation, Libreville réserve une partie de la production à la constitution d’un stock d’or stratégique. Le métal jaune n’est plus traité comme une simple matière première d’exportation, mais comme une réserve financière destinée à consolider la souveraineté économique du pays.
La nouvelle architecture institutionnelle répartit les compétences entre plusieurs entités :
- Le ministère des Mines assure la régulation, l’attribution des titres et la police des mines.
- La Société Équatoriale des Mines (SEM) supervise la collecte sur le terrain et prend des participations dans les projets.
- La RGO réalise la transformation, le raffinage et la certification.
- La Société de Réserve Nationale de l’Or gère le stock stratégique d’État.
- Gabon Mineral Trading prend en charge la commercialisation internationale.
- Les institutions bancaires et la BEAC encadrent et sécurisent les flux financiers.
Enjeux juridiques et création de valeur nationale
Cette réorganisation n’interdit pas l’exportation, elle en modifie la nature. Le Gabon vendra désormais un produit fini, certifié et traçable, reposant sur un triptyque strict : extraction locale, traçabilité intégrale, raffinage national.
Pour adosser ces changements au droit, le gouvernement prépare la révision du Code minier. Plusieurs textes d’application doivent encore fixer les régimes de sanctions et régir le fonctionnement de la réserve d’État.
À travers la traçabilité par QR Code et la montée en puissance de la raffinerie de Nkok, le Gabon cherche à conserver les dividendes de ses ressources naturelles. La réussite du projet dépendra de la capacité des services de l’État à verrouiller le circuit sur le terrain, du chantier minier jusqu’au lingot.
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