Cinq nouvelles turbines à gaz prennent la route vers la centrale thermique d’Akournam, à Owendo. Si la SEEG entend renforcer le réseau du Grand Libreville et répondre à la crise énergétique, ce renfort logistique ne suffira pas, à lui seul, à éliminer les délestages.
À partir de ce dimanche 6 septembre, un convoi exceptionnel traverse la zone industrielle et portuaire. Dans le cadre de la modernisation des transports à Owendo, la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) achemine cinq turbines à gaz depuis le port commercial jusqu’à la centrale d’Akournam. L’opération, sous escorte policière jusqu’au 8 septembre, va fortement perturber le trafic local.
Au-delà des ralentissements annoncés, une question s’impose : quel sera l’impact réel de ces équipements pour les foyers et les entreprises du Grand Libreville ?
Un renfort ciblé pour la centrale d’Owendo
Ce renouvellement du parc thermique intervient alors que l’accès à l’électricité demeure très instable. Pour la SEEG, l’objectif est clair : fiabiliser la centrale d’Akournam et sécuriser l’approvisionnement global du Grand Libreville.
Il ne s’agit pas seulement de produire davantage, mais d’injecter une énergie régulière sur le réseau. Dans la capitale, l’instabilité électrique paralyse le quotidien : denrées détruites pour les ménages, pertes financières pour les commerces et arrêts de production dans l’industrie. L’électricité demeure le moteur direct de l’économie locale.
Des turbines supplémentaires, mais aucun miracle immédiat
L’injection de nouvelles capacités marque un progrès, mais elle ne garantit pas la fin des délestages.
Le système électrique repose sur une chaîne indissociable : la production, le transport sur lignes haute tension, puis la distribution locale. Si un seul maillon flanche — en particulier le réseau de distribution —, l’accroissement de la production ne se traduit pas chez le consommateur.
Le gouvernement l’a reconnu dès le mois de mars : sortir durablement de la crise exige des investissements structurels et des réformes de fond. Le chantier va bien au-delà de la centrale d’Akournam.
Le réseau : le véritable point faible
Ces derniers mois, les interventions se sont multipliées sur les infrastructures. En mai 2026, le raccordement d’un câble aérien au poste source de 90 kV d’Owendo avait déjà entraîné des coupures ciblées dans plusieurs dizaines de quartiers.
Ce type d’opération rappelle une réalité technique : produire plus s’avère inutile si le réseau ne peut ni absorber ni acheminer le courant. Sans maintenance rigoureuse et sans désengorgement des lignes saturées, les usagers subiront toujours des pannes répétées.
La scission de la SEEG en toile de fond
L’arrivée de ces équipements coïncide avec une réorganisation complète du secteur. D’ici le 31 décembre 2026, la SEEG cédera sa place à deux entités distinctes opérationnelles au 1er janvier 2027 : La Gabonaise des Eaux et Électricité du Gabon.
Cette séparation vise à clarifier la gestion, assainir les dettes et mieux cibler les investissements. L’enjeu dépasse donc la simple technique : il s’agit de refondre la gouvernance même du service public.
Le verdict se fera sur le terrain
Pour les usagers, l’ampleur du convoi importe peu. Le seul indicateur valable reste la régularité du courant au quotidien.
Après l’étape logistique vient le véritable test : le raccordement, les essais techniques et l’intégration effective de ces turbines au réseau global. L’amélioration devra s’inscrire dans la durée pour regagner la confiance des ménages et des acteurs économiques.
De la capacité théorique à la fiabilité réelle
Alors que le pays renforce ses infrastructures — à l’image de la ligne Bikélé-Nkok ou de l’extension de Grand Poubara — et cherche à s’intégrer dans le marché de l’électricité en Afrique centrale, la réussite de cette transition ne se mesurera pas en mégawatts installés. Elle se mesurera au nombre de fois où les Gabonais pourront compter sur leur courant sans craindre la prochaine coupure.




