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Or au Gabon : Libreville reprend la main sur sa filière minière

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Raffinerie Gabonaise de l’Or à Nkok au Gabon

À l’occasion de sa visite de travail à la Raffinerie Gabonaise de l’Or (RGO), ce lundi 7 septembre 2026 à Nkok, le ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema qu’accompagnait Jude Désir-Celeste N’GWA-EMANE, Directeur général de la société équatoriale des mines( SEM), dévoile la nouvelle doctrine aurifère du pays. Après des mois de suspension et d’audits, l’exécutif passe à l’offensive : contrôle renforcé de la production, traçabilité numérique, raffinage local obligatoire et constitution d’une réserve stratégique d’État.

La visite ministérielle à la Raffinerie Gabonaise de l’Or marque un tournant pour le secteur aurifère gabonais. Inaugurée en juin 2023 dans la zone de Nkok, la RGO n’est plus une simple usine, mais le pôle central d’une filière réorganisée de fond en comble.

Derrière cette séquence de terrain, Libreville affiche une ambition claire : basculer d’un modèle d’extraction brute vers une chaîne de valeur intégralement maîtrisée sur le territoire national, de l’immatriculation des artisans jusqu’à la vente du métal purifié.

Une filière sous haute surveillance

Cette reprise en main fait suite à la suspension conservatoire des activités aurifères. Une décision drastique justifiée par le besoin d’assainir un secteur longtemps handicapé par la porosité des contrôles, l’opacité des permis miniers et l’explosion des réseaux clandestins.

L’audit interne mené par le ministère a permis de faire le tri entre les sociétés vertueuses et les acteurs en infraction. En parallèle, l’audit externe confié au cabinet Talex finalise la refonte des procédures administratives pour sécuriser le redémarrage du secteur.

L’objectif de l’État n’est pas de paralyser l’activité minière, mais d’imposer un cadre strict où seuls les opérateurs en règle obtiendront le droit d’exploiter.

Nettoyer le cadastre avant de relancer les machines

Au cœur de la réforme figure l’assainissement du cadastre aurifère. L’administration finalise la cartographie réelle des concessions et des acteurs du terrain.

Les permis inactifs, non conformes ou détenus par des sociétés hors-la-loi seront retirés et réintégrés au domaine public. Cette libération de superficies permettra de remettre sur le marché des titres juridiquement assainis.

Cette purge cadastrale constitue le préalable indispensable : sans identification précise des concessionnaires, toute politique de contrôle des flux d’or resterait vaine.

La RGO de Nkok, bras industriel de la souveraineté

La Raffinerie Gabonaise de l’Or devient l’artère maîtresse de ce nouveau dispositif.

L’usine de Nkok centralisera désormais l’ensemble des opérations : réception, pesée, contrôle de pureté, fonte, certification et stockage. Le gouvernement entend ainsi tarir l’exportation d’or brut au profit d’un produit certifié à 99,99 % de pureté (24 carats).

Plus qu’un outil industriel aux normes internationales, la RGO s’impose comme le douanier de la production aurifère nationale, garantissant que chaque lingot raffiné réponde aux exigences des marchés mondiaux.

Traçabilité intégrale contre les circuits clandestins

Pour enrayer la fuite du minerai, le ministère déploie un système de suivi électronique du gramme d’or, depuis son extraction jusqu’à sa transformation.

Chaque lot sera adossé à son permis d’origine et à son exploitant. Cette traçabilité renforcée vise à assécher le marché noir, rassurer les acheteurs internationaux et garantir à l’État la perception exacte des redevances minières.

Le véritable défi résidera dans le contrôle du maillon artisanal et de la collecte intermédiaire, traditionnellement les plus exposés au trafic transfrontalier.

La SEM réinvestie d’un rôle d’opérateur stratégique

La réforme repositionne également la Société équatoriale des mines (SEM). L’opérateur national ne se contentera plus d’observer le marché : il devient l’outil d’intervention directe de l’État dans les projets stratégiques.

La signature de la convention Mboumba–SEM matérialise cette montée en puissance. La nouvelle architecture sépare clairement les rôles :

  • Le Ministère : régulation et contrôle des règles.
  • La SEM : exploitation, collecte et participations stratégiques.
  • La RGO : raffinage et certification industrielle.
  • Les structures dédiées : gestion des réserves d’or et commercialisation.

De l’or marchand au stock stratégique d’État

Autre rupture majeure : la création d’une réserve nationale d’or.

L’or gabonais ne sera plus intégralement exporté pour financer le budget à court terme. Une quote-part de la production raffinée sera conservée dans des coffres institutionnels sécurisés.

En érigeant l’or au rang d’actif stratégique souverain, le Gabon renforce ses garanties financières et sa souveraineté monétaire.

Conserver la valeur ajoutée sur le sol national

La philosophie de cette réorganisation se résume dans le slogan retenu par le ministère : « De l’or extrait à l’or souverain ».

Exporter de la matière brute revient à abandonner la valeur ajoutée, les taxes et les emplois industriels aux pays transformateurs. En imposant le traitement et la certification sur son sol, le Gabon retient l’essentiel de la richesse créée par ses ressources naturelles.

Le défi de l’exécution sur le terrain

En effectuant cette visite à Nkok, le gouvernement marque la fin de la phase de diagnostic et le début de l’application contraignante.

Régularisation des permis, traçabilité numérique, raffinage obligatoire et sanctions contre les clandestins : la théorie politique est fixée. La réussite de cette réforme se mesurera désormais à la capacité de l’État à faire respecter ces règles sur le terrain et à transformer cette ambition industrielle en retombées économiques réelles pour le Gabon.

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