À Moanda comme dans l’ensemble du Haut-Ogooué, la politique de Responsabilité sociétale des entreprises (RSE) de la Comilog change clairement de dimension. Finie l’époque où l’action de l’opérateur minier se résumait au financement de dispensaires, à la construction d’écoles ou au colmatage des pistes. Le groupe s’attaque désormais à un défi bien plus ambitieux : créer un tissu économique local autonome, capable de générer de la valeur et des emplois pérennes tout en réduisant progressivement la dépendance du territoire à l’activité minière.
Cette orientation s’impose au cœur de la feuille de route d’Eramet Comilog. L’objectif partagé avec les riverains reste limpide : réduire progressivement la dépendance du bassin de vie à la seule activité minière grâce au soutien à l’entrepreneuriat, à l’inclusion financière et à l’émergence de filières alternatives.
Des infrastructures à l’écosystème économique
Bâtir une école, retaper un centre de santé ou bitumer un tronçon répond à des urgences évidentes. Pour autant, aligner des équipements ne suffit pas à créer une économie qui tourne. C’est le constat qui pousse aujourd’hui la Comilog à revoir la structure même de ses engagements RSE.
Le groupe choisit désormais de cibler les leviers fondamentaux de l’initiative privée : accès au financement, programmes de formation, mentorat des porteurs de projets, renforcement des compétences locales et ouverture des marchés de sous-traitance aux PME gabonaises.
Symbole de ce virage : le Fonds d’Amorçage mis sur pied avec l’État gabonais. Ce guichet facilite l’octroi de financements aux microentreprises tout en musclant la gestion technique et administrative des entrepreneurs du cru. Les résultats à fin 2025 parlent d’eux-mêmes : 27 entrepreneurs financés, 138 porteurs de projets accompagnés et une enveloppe globale mobilisée de 2,5 milliards de FCFA.
Ici, la démarche tranche avec la distribution de subventions à fond perdu. L’idée force vise l’émancipation financière progressive de ces structures vis-à-vis des budgets RSE.
Le pari des entreprises locales
Deuxième levier stratégique de cette diversification : la politique d’achats et de sous-traitance. En 2025, la Comilog a injecté plus de 70,5 milliards de FCFA auprès de 782 fournisseurs nationaux, réalisant ainsi 75 % de ses approvisionnements directement au Gabon.
Au-delà du volume financier, l’enjeu économique est crucial : faire irriguer la rente du manganèse au sein des PME du pays.
Pour concrétiser cet ancrage, la compagnie s’est associée à l’Agence nationale de promotion des investissements (ANPI). Courant 2025, une vaste campagne d’audit et de coaching a été menée auprès des sous-traitants gabonais. Le but ? Évaluer leurs faiblesses, rehausser leurs standards opérationnels et accroître leur compétitivité globale.
On dépasse ici le cadre de la relation donneur d’ordre-fournisseur classique. La Comilog cherche à structurer un réseau de partenaires solides, capables de grandir, d’embaucher et d’aller chercher des marchés bien au-delà du périmètre minier.
Créer de l’emploi autrement
Le volet insertion cible quant à lui en priorité la jeunesse de la région. À Moanda, le FabLab forme aux compétences numériques pendant que les sessions « Cafés Business » initient aux réalités de la création d’entreprise. Parallèlement, d’autres programmes s’orientent vers l’agrobusiness et le travail indépendant.
Le dispositif « Un Taxi – Un Emploi – Un Avenir » résume bien cette philosophie. Co-construit avec les pouvoirs publics, il a permis à 20 jeunes du Haut-Ogooué de devenir propriétaires de leur véhicule et de lancer leur propre société de transport.
Le changement de paradigme est net : sans renoncer à l’embauche directe, la RSE complète l’emploi salarié par la création d’activités indépendantes. Dans un territoire hyper-dépendant de la mine, diversifier le vivier d’emplois relève de la nécessité. Aucune région ne peut bâtir sa résilience sur la capacité d’embauche d’un seul industriel.
L’agriculture comme autre piste de diversification
Autre axe prioritaire du dispositif : la relance agricole. Le Fonds RSE soutient activement des exploitants du Haut-Ogooué, tandis qu’une ferme agro-sylvo-pastorale a vu le jour à Bakoumba au titre des projets communautaires.
L’opportunité est double pour la province. Ce choix consolide la sécurité alimentaire des foyers et stimule l’émergence de micro-filières locales : maraîchage, transformation, logistique, distribution et services de proximité.
Car la diversification ne passe pas nécessairement par l’implantation de lourdes usines. Elle se nourrit d’abord d’un maillage d’activités concrètes, adaptées aux ressources et au marché du Haut-Ogooué.
Une RSE qui cherche à laisser des compétences derrière elle
Impossible de parler d’emploi sans aborder le volet formation. Fruit d’un partenariat public-privé entre l’État et la Comilog, l’École des métiers de la mine et de la métallurgie de Moanda s’impose comme la pierre angulaire de cette transmission. Depuis son inauguration, l’établissement a formé plusieurs centaines de jeunes avec un taux d’insertion professionnelle de 75 %.
Mais préparer l’avenir exige d’orienter aussi la jeunesse vers des secteurs non miniers. C’est tout le sens des modules axés sur le digital, la gestion d’entreprise, l’agriculture urbaine ou les métiers de la transition écologique. L’objectif final reste le même : transformer progressivement les habitants de bénéficiaires passifs en acteurs économiques autonomes.
Des infrastructures qui restent nécessaires, mais ne constituent plus la finalité
Ce recentrage vers l’humain et l’entreprise n’annule pas les chantiers de proximité. Rien qu’en 2025, 26 projets communautaires sont sortis de terre dans le Haut-Ogooué (adduction d’eau, éclairage public, voirie, réhabilitation d’écoles et de dispensaires), au bénéfice de près de 240 000 personnes.
C’est le regard porté sur ces réalisations qui change. Une école offre un cadre d’étude, un centre de santé améliore l’accès aux soins, une route désenclave une localité. Mais pour générer un impact économique réel, ces équipements doivent s’intégrer dans un milieu où les citoyens ont du travail, des compétences, des crédits et des opportunités commerciales.
Le véritable défi : créer une dynamique qui survive à la RSE
Reste la grande question : celle de la viabilité à long terme. La diversification ne tiendra ses promesses que si les PME et projets accompagnés finissent par voler de leurs propres ailes.
La réussite ne se mesurera pas au volume de chèques distribués ou au nombre de stagiaires diplômés, mais à la capacité de ces entreprises à durer, à embaucher et à trouver des clients hors de la sphère Comilog.
C’est là que le contenu local prend tout son sens. Plus les sous-traitants gabonais montent en gamme pour satisfaire un géant minier, plus ils deviennent armés pour conquérir d’autres marchés nationaux et régionaux. Il s’agit de transformer la commande de la mine en un puissant levier d’entraînement général.
De la mine comme activité à la mine comme catalyseur
Au bout du compte, la mutation de la RSE de la Comilog interroge le modèle même des industries extractives en Afrique : comment transformer l’exploitation d’une ressource épuisable en moteur permanent de développement ?
Au regard des chantiers engagés à Moanda, la réponse s’articule autour d’un mix : infrastructures de base, formation ciblée, entrepreneuriat, accès au financement, contenu local et renforcement des PME.
Le succès final ne se comptera pas en rubans inauguraux, mais dans la vitalité du tissu entrepreneurial qui restera en place. L’ambition dans le Haut-Ogooué est claire : faire passer la RSE de la simple compensation sociale à la création nette de valeur territoriale. Un virage décisif pour faire de la mine non plus un simple employeur, mais le tremplin de l’économie gabonaise de demain.




