Extraction, collecte, contrôle, raffinage, certification et vente : la production d’un lingot d’or repose sur une chaîne logistique complexe mobilisant miniers, administration publique et structures spécialisées. À travers la vaste réforme de la filière aurifère, l’État gabonais réorganise ce parcours pour capter l’essentiel de la valeur ajoutée sur son territoire.
Avant de devenir un actif financier négociable ou une valeur refuge, le métal précieux franchit plusieurs étapes décisives. Un lingot ne sort pas directement de la mine sans subir un processus rigoureux de contrôle et de transformation.
À la suite de la suspension de certaines concessions et du lancement d’audits ciblés, Libreville clarifie le rôle de chaque intervenant, encadre les flux et impose la transformation locale. La feuille de route du ministère des Mines vise une ligne claire : tracer précisément l’origine de l’or gabonais pour en sécuriser la distribution et en optimiser la rentabilité.
L’extraction : assainir le cadastre minier
Tout commence sur le terrain. L’or provient de gisements exploités sous le régime de permis et de titres accordés par l’État. L’enjeu prioritaire réside en amont : qui exploite, où et dans quelles conditions ? C’est l’objet du projet d’assainissement actuel. S’appuyant sur un cadastre rénové, les autorités recensent l’ensemble des opérateurs, contrôlent la validité des licences et réorganisent les zones de recherche et d’extraction.
La collecte : encadrer les intermédiaires
Une fois extrait, le minerai entre dans le réseau de collecte. Cette phase, longtemps sujette au marché informel, s’avère stratégique pour stopper l’évasion d’or brut. Pour imposer une traçabilité rigoureuse, le gouvernement renforce le suivi des comptoirs d’achat et met fin à la collecte directe auprès des particuliers. L’objectif est d’orienter la totalité des flux vers un circuit officiel et vérifiable.
La traçabilité : remonter jusqu’à la mine
Pour attester de l’origine légale du métal, le nouveau dispositif associe chaque lot à sa provenance exacte : concession industrielle, entreprise agréée ou collectif d’orpailleurs. Les lingots façonnés par la Raffinerie Gabonaise de l’Or (RGO) reçoivent un marquage par QR Code qui retrace l’historique complet de leur production. Une transparence indispensable pour rassurer les marchés internationaux.
Le raffinage : transformer la matière première à Nkok
Cœur de la réorganisation : le raffinage. Opérationnelle depuis juin 2023 dans la ZIS de Nkok, la RGO matérialise le virage vers la transformation locale. L’initiative vise à rompre avec l’exportation brute pour générer et conserver la valeur ajoutée sur le sol national.
La certification : crédibiliser le label gabonais
Le raffinage débouche sur un contrôle qualité strict établissant la pureté exacte et les caractéristiques techniques du métal. Prise en charge directement par la RGO, cette étape fiabilise les transactions commerciales et garantit la conformité aux standards internationaux.
Le stockage et la commercialisation : constituer des réserves stratégiques
Une fois certifié et estampillé, l’or suit deux parcours distincts :
- La commercialisation : confiée à Gabon Mineral Trading pour la négociation et la vente sur les marchés financiers.
- La réserve stratégique : attribuée à la future Société de Réserve Nationale de l’Or afin de bâtir un stock d’actifs souverains pour l’État.
L’exportation : la fin de l’or brut à l’export
Si l’exportation de lingots demeure autorisée, le cadre réglementaire change profondément. Le ministère des Mines planifie l’interdiction progressive des sorties d’or non raffiné. Il ne s’agit pas de fermer les échanges extérieurs, mais de garantir qu’aucun lot ne quitte le territoire sans purification, contrôle ni certification préalable.
Une synergie institutionnelle
Pour piloter l’ensemble de la filière, l’État répartit les missions entre plusieurs entités clés :
- Ministère des Mines : Régulation globale, cadre juridique et contrôle des opérations.
- Société Équatoriale des Mines (SEM) : Rachat, participation publique et développement de la filière.
- Raffinerie Gabonaise de l’Or (RGO) : Traitement physique, purification et contrôle qualité.
- Société de Réserve Nationale de l’Or : Constitution et gestion de la réserve d’État.
- Gabon Mineral Trading : Commercialisation et négociation internationale.
- BEAC, Trésor public et banques agréées : Encadrement bancaire et régulation des flux financiers.
L’enjeu : capter la valeur ajoutée
Pendant longtemps, le bilan du secteur reposait uniquement sur les volumes extraits du sol. La nouvelle gouvernance adopte désormais une analyse globale de la chaîne : traçabilité de la ressource, transformation locale, répartition des revenus et sécurisation des réserves d’État.
L’objectif du Gabon ne dépend plus de la simple quantité de métal tirée de son sous-sol, mais de sa capacité à convertir cette ressource en un véritable moteur d’expansion économique à long terme.




