La diversification de l’économie gabonaise ne se joue pas uniquement dans les grands projets industriels. Elle se construit aussi dans les filières agricoles, au plus près des producteurs et des transformateurs. C’est dans cet esprit qu’une séance de travail s’est tenue récemment entre le ministère en charge des PME et la Représentante résidente du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) au Gabon, autour de l’état d’avancement du programme IBSA, dédié à la structuration entrepreneuriale de la filière manioc.
Derrière l’intitulé technique, l’enjeu est concret : faire du manioc — produit de base largement consommé et cultivé sur l’ensemble du territoire — un véritable levier de création de valeur et d’emplois.
Du champ au marché : structurer toute la chaîne
Le programme IBSA accompagne les entrepreneurs positionnés sur les différents maillons de la chaîne de valeur : transformation, commercialisation, organisation des unités de production. L’objectif n’est pas seulement d’augmenter les volumes, mais d’améliorer la qualité, la traçabilité et la compétitivité des produits issus du manioc.
Selon les éléments discutés lors de la rencontre, des avancées sont observées en matière de professionnalisation des acteurs, de normalisation des produits transformés et d’accès aux marchés. Pour de nombreuses petites unités, souvent informelles, cet accompagnement représente une étape décisive vers la formalisation et la stabilité.
Car l’un des défis majeurs reste là : transformer des activités de subsistance en entreprises viables, capables de planifier, d’investir et d’embaucher durablement.
PME-PMI : le pari de la consolidation
En s’inscrivant dans les priorités gouvernementales de diversification économique, le programme vise à renforcer le tissu des PME-PMI locales. L’approche se veut structurante : appui à la gestion, renforcement des capacités entrepreneuriales, meilleure organisation commerciale.
Au-delà de l’appui technique, c’est un changement d’échelle qui est recherché. Passer d’initiatives isolées à des entreprises intégrées dans une chaîne de valeur cohérente, capables de répondre à la demande nationale, voire sous-régionale.
Les discussions ont également ouvert la voie à un partenariat Sud-Sud renforcé. L’idée est d’encourager le transfert d’expertise, le partage d’expériences et le développement de projets structurants dans l’agro-transformation et l’industrialisation légère. Dans un contexte africain marqué par la recherche de modèles endogènes de croissance, cette orientation traduit une volonté de coopération pragmatique.
L’Espace PME, futur catalyseur ?
Parmi les perspectives évoquées figure la réhabilitation et la dynamisation de l’Espace PME. Pensé comme un pôle d’accompagnement et d’innovation, il pourrait offrir des services intégrés : formation en gestion, appui à la formalisation, accompagnement à l’accès aux financements, mise en réseau et promotion des produits locaux.
Si elle se concrétise pleinement, cette initiative répondrait à un besoin souvent exprimé par les entrepreneurs : disposer d’un guichet d’appui structuré, capable de centraliser information, conseil et accompagnement.
Une ambition à l’épreuve du terrain
La réussite de cette dynamique dépendra de sa capacité à toucher les acteurs les plus vulnérables, notamment les femmes et les jeunes très présents dans la transformation du manioc. Elle reposera également sur la continuité des financements, la simplification des procédures administratives et la cohérence entre les différents dispositifs d’appui.
En misant sur la filière manioc, les autorités parient sur une ressource déjà maîtrisée localement, mais encore sous-exploitée économiquement. L’enjeu est clair : transformer un produit du quotidien en moteur de croissance inclusive.
À travers la collaboration avec le PNUD, le gouvernement cherche ainsi à concilier vision stratégique et réalités de terrain. Une manière de rappeler que la diversification économique ne se décrète pas ; elle se construit, filière après filière, entrepreneur après entrepreneur.













