Présenté comme un levier d’insertion professionnelle, le programme TaxiGab ambitionne de transformer le chômage en opportunité entrepreneuriale. Deux ans après son lancement, quel bilan peut-on dresser ?
Pour de nombreux jeunes Gabonais, décrocher un emploi salarié reste un parcours semé d’embûches. Face à cette réalité, le gouvernement a choisi d’explorer une autre voie : encourager l’auto-emploi. C’est dans cet esprit qu’a été lancé le programme TaxiGab, plus connu sous le slogan « Un jeune, un taxi ».
Lors de son discours sur l’état de la Nation, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a indiqué que 1 092 taxis avaient déjà été remis à leurs bénéficiaires. Une annonce qui illustre la volonté des autorités de faire de l’entrepreneuriat un pilier de la politique nationale de l’emploi.
Mais au-delà du chiffre, que représente réellement TaxiGab ? Comment fonctionne le dispositif ? Et peut-il devenir une solution durable face au chômage des jeunes ?
Miser sur l’auto-emploi plutôt que sur l’attente
Pendant longtemps, l’accès à la fonction publique constituait l’objectif professionnel de nombreux diplômés. Avec la réduction progressive des recrutements publics, cette perspective est devenue plus incertaine.
Le gouvernement défend désormais une approche différente : créer davantage d’entrepreneurs et permettre aux jeunes de générer leurs propres revenus.
Le programme TaxiGab s’inscrit dans cette logique. L’idée est simple : mettre un véhicule à la disposition d’un jeune bénéficiaire afin qu’il puisse exercer une activité de transport urbain, créer son propre revenu et, à terme, devenir propriétaire de son outil de travail selon les modalités prévues par le programme.
Au-delà de la conduite d’un taxi, les autorités souhaitent ainsi favoriser la création de très petites entreprises capables de participer à la dynamique économique locale.
Plus de 1 000 bénéficiaires annoncés
Selon le bilan présenté devant le Parlement, 1 092 taxis ont déjà été distribués depuis le lancement du programme.
Ces véhicules circulent principalement dans les grands centres urbains où la demande de transport est importante, notamment à Libreville, Owendo, Akanda, Port-Gentil, Franceville et dans d’autres agglomérations.
Pour les bénéficiaires, il ne s’agit pas seulement d’obtenir un véhicule, mais d’accéder à une activité économique susceptible de générer des revenus réguliers.
L’ambition affichée est double : réduire le chômage tout en améliorant l’offre de transport urbain.
Un impact qui dépasse les seuls chauffeurs
L’intérêt économique de TaxiGab ne se limite pas aux bénéficiaires directs.
Chaque nouveau taxi crée également de l’activité pour plusieurs professions :
- les mécaniciens ;
- les garagistes ;
- les stations-service ;
- les vendeurs de pièces détachées ;
- les assureurs ;
- les entreprises de nettoyage automobile ;
- les services de contrôle technique.
Autrement dit, un taxi mis en circulation génère des retombées économiques qui dépassent largement son seul conducteur.
C’est cette logique d’écosystème que le gouvernement cherche à développer dans plusieurs secteurs de l’économie.
Un programme qui répond aussi à un besoin de mobilité
Au Gabon, les difficultés de transport constituent régulièrement un sujet de préoccupation pour les usagers.
Dans certains quartiers, notamment aux heures de pointe, trouver un moyen de déplacement peut s’avérer compliqué.
En augmentant progressivement le nombre de taxis disponibles, les autorités espèrent améliorer la mobilité urbaine tout en créant des opportunités économiques.
TaxiGab poursuit ainsi un double objectif : répondre à un besoin de transport et favoriser l’insertion professionnelle.
Les défis de la pérennité
Comme tout programme d’appui à l’entrepreneuriat, TaxiGab devra relever plusieurs défis.
La rentabilité de l’activité dépend notamment :
- de l’entretien régulier des véhicules ;
- du coût du carburant ;
- du respect des échéances de remboursement lorsque celles-ci sont prévues ;
- de la concurrence dans certaines zones ;
- de la capacité des bénéficiaires à gérer leur activité.
Le succès du programme reposera également sur l’accompagnement des chauffeurs en matière de gestion financière, de sécurité routière et de relation avec la clientèle.
Sans cet accompagnement, le risque existe que certains véhicules cessent rapidement leur activité faute de moyens pour assurer leur entretien.
Une stratégie plus large en faveur de l’entrepreneuriat
TaxiGab ne constitue qu’un volet de la politique économique présentée par le gouvernement.
Le discours sur l’état de la Nation met également en avant :
- le renforcement du Pôle national de promotion de l’emploi (PNPE) ;
- la plateforme PassEmploi241 ;
- le projet Gab-Pêche destiné à soutenir les activités halieutiques ;
- les financements accordés par la Banque pour le commerce et l’entrepreneariat du Gabon (BCEG) ;
- les formations professionnelles destinées aux métiers en tension.
Ces dispositifs poursuivent un objectif commun : diversifier les formes d’insertion professionnelle en ne limitant plus les perspectives au seul emploi salarié.
L’entrepreneuriat comme moteur de croissance
Dans plusieurs pays africains, les très petites entreprises jouent un rôle majeur dans la création d’emplois.
Le Gabon semble vouloir suivre cette dynamique en encourageant des projets accessibles, capables de produire rapidement des revenus et de répondre à des besoins concrets de la population.
Le programme TaxiGab s’inscrit dans cette vision. S’il ne peut, à lui seul, résoudre la question du chômage, il constitue une réponse parmi d’autres à la nécessité de développer l’initiative privée.
Son efficacité sera évaluée dans les prochaines années à travers plusieurs indicateurs : le maintien des bénéficiaires dans l’activité, la création de revenus durables, l’amélioration de l’offre de transport et, plus largement, sa contribution à la réduction du chômage des jeunes.
À terme, le véritable succès de TaxiGab ne se mesurera pas uniquement au nombre de véhicules distribués, mais à la capacité des bénéficiaires à transformer cette opportunité en entreprise pérenne, créatrice de richesse pour eux-mêmes et pour l’économie nationale.





