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Agriculture au Gabon : le défi de transformer les ambitions en production locale

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Illustration des enjeux liés à la production agricole et à la souveraineté alimentaire au Gabon.

Les annonces d’investissements ne suffisent pas à garantir une production locale suffisante. La réalité du terrain, elle, ne se laisse pas amadouer par de grands discours. Quand un pays exporte du pétrole, du manganèse et du bois tout en consacrant près de 500 milliards de FCFA par an aux importations alimentaires, le déséquilibre interroge. Le Gabon entend réduire cette dépendance en accélérant le développement de sa production agricole.

Sur le papier, le potentiel saute aux yeux. Sauf qu’entre une stratégie ministérielle et une barquette de poulet ou un régime de bananes vendu au juste prix sur un marché de Libreville, le fossé reste immense. Et pour l’instant, les ménages restent exposés au coût élevé des produits alimentaires.

Une dépendance qui plombe l’économie réelle

Les chiffres donnent la mesure de cette dépendance. Selon les données présentées par le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et du Développement rural, Pacôme Kossy, les importations représenteraient entre 70 et 80 % des denrées alimentaires consommées au Gabon, pour une facture annuelle proche de 500 milliards de FCFA. Derrière ce gouffre financier, c’est toute la chaîne qui coince : produire en quantité, conserver sans tout perdre et acheminer sans encombre sur des axes parfois impraticables.

Relancer la production locale ne consiste pas simplement à multiplier les exploitations agricoles. Encore faut-il organiser les filières, de la production à la commercialisation. C’est tout un écosystème qu’il faut réveiller : des semences jusqu’aux camions de transport, en passant par les transformateurs et les structures de stockage. Sans une vision globale, on ne fait qu’aligner des initiatives isolées vouées à s’essouffler à la première crise.

La filière avicole, première épreuve pour la stratégie gouvernementale

La filière avicole constitue une première épreuve pour la stratégie gouvernementale. Avec l’interdiction annoncée des importations de poulet de chair prévue pour le 1er janvier 2027 un marché pesant près de 90 000 tonnes et 121 millions de dollars par an, le gouvernement joue quitte ou double. D’un côté, on agite des conventions annoncées pour plus de 775 milliards de FCFA pour bâtir des fermes intégrées et des abattoirs modernes. Le gouvernement devra s’assurer que les producteurs locaux disposent des capacités nécessaires pour répondre à la demande sans provoquer de pénuries ni de hausse des prix.

Car si le poulet produit au pays coûte plus cher que celui qui arrivait en conteneur, c’est le pouvoir d’achat des ménages qui va prendre un sérieux coup de chaud. La réussite ne se mesurera pas au nombre de rubans coupés par les officiels, mais à la capacité de nourrir les familles à un tarif abordable.

Sortir du tout-volaille et attaquer les douze chantiers prioritaires

Limiter la stratégie de souveraineté alimentaire à la filière avicole serait insuffisant. Le plan sectoriel vise une douzaine de filières clés : manioc, banane, riz, bétail, porc, tomate, oignon, piment, ananas et mangue.

Chaque produit a son lot de difficultés logistiques. Le manioc et la banane exigent une filière de collecte et de transformation bien huilée ; la production de riz nécessite des équipements adaptés et des infrastructures efficaces de conservation après récolte. Sans compter qu’une récolte abondante ne sert à rien si elle pourrit sur place faute de routes ou de chambres froides. Les agropoles promis par l’État devront prouver qu’ils fonctionnent vraiment, loin des effets d’annonce.

Convertir les millions en vraies récoltes

Les discussions menées avec les bailleurs de fonds, à l’image des échanges entre le ministère et le nouveau représentant de la Banque mondiale au Gabon, Sylvain Kakou, rappellent une évidence : le développement agricole exige un environnement suffisamment prévisible pour permettre aux producteurs et aux investisseurs de planifier leurs activités. Le coût de l’énergie, l’accès aux intrants et l’état des routes de desserte influencent directement la rentabilité des exploitations. Si ces conditions ne sont pas réunies, une exploitation peut difficilement rester viable.

Les indicateurs officiels signalent des programmes d’accompagnement pour des centaines d’exploitations, notamment portées par des femmes et des jeunes. C’es un début. Mais le vrai baromètre sera économique : combien de ces fermes tiendront le choc après la première saison ? Combien d’emplois durables seront créés ?

Le verdict final se fera sur les étals et les prix des produits locaux

Les annonces d’interdiction et les statistiques officielles ne suffiront pas à mesurer les progrès accomplis. Le principal indicateur restera la réalité des marchés : les produits locaux sont-ils disponibles, de qualité suffisante et accessibles aux ménages ? Si la réponse est négative, la politique de substitution aura échoué. Le Gabon a les cartes en main pour inverser la tendance, à condition de cesser de confondre les intentions politiques avec la réalité des marchés.

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