Le Rwanda poursuit une politique rigoureuse de régulation des organisations religieuses, en particulier des églises évangéliques. Ces dernières années, les autorités rwandaises ont procédé à la fermeture de milliers de lieux de culte pour non-respect de la législation en vigueur, une démarche assumée et défendue publiquement par le Président Paul Kagame.
Déjà entre 2020 et 2022, le chef de l’État rwandais déclarait avoir ordonné la fermeture de plus de 6 000 églises et d’une centaine de mosquées, invoquant des manquements graves aux normes légales, administratives et parfois sanitaires. À cette occasion, Paul Kagame avait insisté sur la nécessité d’un encadrement plus strict des responsables religieux, appelant à l’exigence d’une formation théologique formelle pour les dirigeants de communautés de foi.
« Il faut arrêter de jouer avec la foi des gens et d’en faire une entreprise », avait-il affirmé, estimant que la prolifération incontrôlée des lieux de culte nuisait à la crédibilité de la religion et à l’ordre public. Pour le Président rwandais, la foi ne saurait être instrumentalisée à des fins lucratives ou détournée au détriment des populations.
Une application stricte de la loi de 2018
La politique actuelle s’inscrit dans le cadre de la loi de 2018 régissant l’ouverture et le fonctionnement des organisations religieuses au Rwanda. Ce texte impose des conditions précises, notamment en matière d’infrastructures, de sécurité, de gouvernance interne et de qualification des responsables.
En 2024, selon les autorités, plus de 4 000 églises supplémentaires ont été fermées pour non-conformité à ces exigences. En 2025, ce chiffre aurait franchi un nouveau seuil, avec la fermeture de plus de 10 000 lieux de culte évangéliques, toujours pour des violations répétées de la loi.
Dans des propos rapportés, Paul Kagame aurait déclaré que, si la décision ne dépendait que de lui, aucune de ces églises ne rouvrirait. Une déclaration forte, qui illustre la ligne de fermeté adoptée par le pouvoir exécutif face à ce qu’il considère comme une dérive structurelle du secteur religieux.
Entre liberté religieuse et ordre public
Pour le Président rwandais, la multiplication des églises parfois à quelques kilomètres d’intervalle pose un problème de crédibilité et de gouvernance. Il dénonce l’existence de responsables religieux qu’il assimile à des « bandits en col blanc », accusés d’exploiter la foi des fidèles à des fins personnelles.
Cette politique suscite toutefois des débats, tant au Rwanda qu’à l’international, notamment sur l’équilibre entre liberté de culte et régulation étatique. Les autorités rwandaises, de leur côté, affirment que la liberté religieuse demeure garantie, à condition que les pratiques respectent la loi, l’éthique et l’intérêt général.
En assumant publiquement ces décisions, Paul Kagame réaffirme une vision de l’État fondée sur l’ordre, la discipline et la responsabilité, y compris dans le domaine religieux. Une approche qui s’inscrit dans la gouvernance rwandaise, souvent saluée pour son efficacité, mais également critiquée pour sa rigueur, voire sa radicalité.













