Le Gabon veut accélérer la transformation locale de son manganèse. Signé le 20 juillet 2026 à Paris entre la République gabonaise, Eramet et sa filiale Eramet Comilog, un nouveau protocole d’accord dessine une feuille de route industrielle destinée à augmenter la part du minerai transformé sur le territoire national. À l’étude : trois projets industriels qui pourraient permettre de transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai par an au Gabon d’ici à fin 2031.
L’enjeu dépasse le seul secteur minier. Pour le Gabon, il s’agit désormais de franchir un nouveau cap dans la valorisation de l’une de ses principales ressources naturelles et de faire de la transformation industrielle un levier de création de valeur, d’emplois et de compétences.
Une nouvelle étape dans la relation entre le Gabon et Eramet
Le protocole d’accord signé à Paris marque une nouvelle étape dans le partenariat entre l’État gabonais et Eramet, présent depuis plusieurs décennies dans l’exploitation du manganèse au Gabon à travers Eramet Comilog.
Le groupe transforme déjà une partie du minerai extrait dans le pays. Le Complexe Industriel de Moanda assure notamment des activités de traitement depuis 2000, tandis que le Complexe Métallurgique de Moanda est entré en activité en 2015. Le nouvel accord vise désormais à franchir un palier supplémentaire en augmentant significativement les volumes de minerai transformés localement.
La logique affichée est claire : faire évoluer progressivement la chaîne de valeur du manganèse afin que davantage de richesse soit créée directement au Gabon.
Le protocole ne constitue toutefois pas, à lui seul, le lancement immédiat de trois nouvelles usines. Il établit plutôt un cadre de travail commun destiné à étudier les conditions techniques, économiques, énergétiques et industrielles nécessaires à la réalisation des projets envisagés.
Jusqu’à 700 000 tonnes de minerai transformées au Gabon d’ici 2031
Le chiffre constitue l’un des éléments les plus significatifs de cette nouvelle feuille de route. Eramet et l’État gabonais étudient des scénarios industriels susceptibles de porter jusqu’à 700 000 tonnes de minerai de manganèse transformées chaque année au Gabon d’ici à fin 2031.
Ce volume représente un changement d’échelle pour la transformation locale. Mais il doit être compris comme un objectif à l’étude, et non comme une capacité industrielle déjà installée.
La concrétisation de cette ambition dépendra notamment de la viabilité économique des projets, de la disponibilité de l’énergie et des conditions d’investissement. Le protocole prévoit ainsi un cadre permettant de suivre et de valider progressivement les conditions nécessaires à leur mise en œuvre.
Cette prudence est importante. Dans l’industrie minière et métallurgique, la disponibilité du minerai ne suffit pas à garantir la compétitivité d’une unité de transformation. L’énergie, les infrastructures, la logistique, les débouchés commerciaux et les coûts de production jouent également un rôle déterminant.
Trois projets pour renforcer la chaîne de valeur
La feuille de route repose sur trois pistes industrielles complémentaires.
La première concerne la production d’oxyde de manganèse. L’objectif est d’étudier une unité destinée notamment à répondre aux besoins de marchés industriels à plus forte valeur ajoutée, dont certains débouchés liés aux matériaux utilisés dans les batteries et aux aciers de haute performance.
La deuxième piste porte sur le Complexe Métallurgique de Moanda. Le projet prévoit l’étude de sa réfection ainsi que la mise en place d’un plan d’amélioration destiné à renforcer sa rentabilité et ses performances industrielles. Le redémarrage d’installations rénovées pourrait intervenir à l’horizon de la fin 2029, sous réserve de la réalisation des conditions nécessaires.
Enfin, une troisième option concerne la construction d’une nouvelle usine d’alliages de manganèse, destinée notamment au marché de l’acier. Sa réalisation dépendrait de plusieurs conditions, parmi lesquelles la sécurisation de l’approvisionnement énergétique et logistique, la conclusion d’une convention d’investissement et la décision finale d’investissement d’Eramet et d’Eramet Comilog.
Ces trois projets répondent à une même logique : ne plus considérer le manganèse uniquement comme une ressource à extraire, mais comme le point de départ d’une chaîne industrielle plus large.
L’énergie, condition centrale de la réussite
La transformation du manganèse nécessite des installations industrielles énergivores. C’est pourquoi la question énergétique occupe une place centrale dans le nouveau partenariat.
L’État gabonais s’est engagé à travailler sur les conditions d’accès à l’énergie nécessaires à la viabilité des projets. Pour le pays, le défi consiste donc à accompagner l’ambition minière par une politique industrielle capable de fournir une énergie disponible, compétitive et suffisamment fiable.
Cette question dépasse le seul secteur du manganèse. Elle touche plus largement à la capacité du Gabon à attirer et à maintenir des industries de transformation sur son territoire.
Une transformation locale durable suppose en effet un environnement industriel cohérent : énergie, routes, chemin de fer, infrastructures portuaires, compétences techniques et cadre d’investissement doivent progresser de manière coordonnée.
De l’extraction à la création de valeur
Pour le Gabon, l’intérêt de cette stratégie réside dans la possibilité de conserver une part plus importante de la valeur créée par le manganèse dans l’économie nationale.
Lorsque le minerai est transformé localement, la chaîne de valeur ne s’arrête plus à l’extraction. Elle mobilise également des ingénieurs, des techniciens, des opérateurs industriels, des entreprises de maintenance, des fournisseurs et des prestataires de services.
Cette dynamique peut également favoriser le développement de compétences spécialisées et renforcer progressivement le tissu industriel national.
La transformation locale ne garantit cependant pas automatiquement des retombées économiques importantes. Pour que l’effet soit durable, le Gabon devra aussi renforcer les liens entre les grands projets industriels et les entreprises locales, développer la formation technique et favoriser l’émergence d’un écosystème de sous-traitance compétitif.
C’est précisément sur ce terrain que se jouera une partie de la réussite du changement de modèle.
Un tournant pour la stratégie minière du Gabon
Le protocole signé avec Eramet s’inscrit dans une orientation plus large des autorités gabonaises en faveur d’une transformation accrue des ressources naturelles. En juin 2025, le ministère des Mines avait déjà affiché l’ambition de parvenir à une transformation locale intégrale du manganèse à l’horizon 2029 et annoncé la création d’un groupe de travail État-Eramet consacré à cette question.
Le nouvel accord traduit donc une volonté de passer progressivement de l’ambition politique à une feuille de route industrielle structurée.
Le véritable enjeu sera désormais de transformer les études en décisions d’investissement, puis les décisions en capacités industrielles opérationnelles.
Le Gabon dispose d’un avantage majeur : son expérience historique dans la production de manganèse et la présence d’un opérateur industriel déjà implanté dans le pays. Mais la prochaine étape sera plus exigeante. Elle nécessitera des investissements importants, une énergie compétitive et une coordination étroite entre l’État et les acteurs industriels.
Si les conditions sont réunies, la transformation du manganèse pourrait ainsi devenir l’un des piliers de la nouvelle stratégie d’industrialisation du Gabon.
Le changement d’échelle annoncé ne se mesurera donc pas uniquement au nombre de tonnes transformées. Il se mesurera surtout à la capacité du pays à convertir une ressource minière en une véritable chaîne de valeur industrielle, créatrice de compétences, d’activités et de richesse durablement ancrées au Gabon.




