Manque de pression, robinets à sec, approvisionnement irrégulier… L’accès à l’eau potable reste une préoccupation majeure pour de nombreux Gabonais. Face à cette situation, le gouvernement a engagé une réforme du secteur et annoncé de nouveaux investissements. Quels sont les véritables défis de l’alimentation en eau au Gabon et que peut-on attendre des projets en cours ?
Le réveil commence parfois par une mauvaise surprise. En ouvrant le robinet, rien ne coule. Dans plusieurs quartiers de Libreville, d’Owendo, d’Akanda ou d’autres villes du pays, les coupures d’eau et les baisses de pression continuent de rythmer le quotidien des ménages.
Pour les familles, cela signifie stocker de l’eau, modifier les habitudes ou acheter des réserves supplémentaires. Pour les restaurants, les hôtels, les établissements de santé ou les petites entreprises, ces interruptions peuvent ralentir l’activité et générer des coûts supplémentaires.
L’accès à l’eau potable est pourtant bien plus qu’un service de confort. Il conditionne la santé publique, le développement économique et la qualité de vie. C’est pourquoi le gouvernement en a fait l’une des priorités de son action, en annonçant une réforme profonde de la gestion du secteur et plusieurs investissements destinés à moderniser les infrastructures.
Pourquoi les coupures d’eau persistent-elles ?
Contrairement à une idée largement répandue, les difficultés d’approvisionnement ne s’expliquent pas uniquement par un manque de ressources en eau.
Le Gabon dispose d’un important potentiel hydrique grâce à son réseau de fleuves, de rivières et à une pluviométrie parmi les plus élevées d’Afrique centrale.
Le véritable défi réside dans la capacité à capter cette ressource, la traiter selon les normes sanitaires, la transporter jusqu’aux centres urbains et la distribuer de manière continue aux consommateurs.
Chaque étape nécessite des infrastructures performantes : stations de pompage, usines de traitement, réservoirs, conduites de transport et réseaux de distribution.
Lorsque l’un de ces équipements vieillit ou tombe en panne, c’est toute la chaîne qui peut être perturbée.
Une demande qui progresse plus vite que les réseaux
Au cours des dernières décennies, Libreville et sa périphérie ont connu une forte croissance démographique.
De nouveaux quartiers se sont développés, tandis que les besoins en eau potable ont augmenté dans les foyers, les écoles, les hôpitaux et les entreprises.
Or, les infrastructures n’ont pas toujours évolué au même rythme.
Dans certaines zones, les conduites installées il y a plusieurs décennies doivent aujourd’hui alimenter une population bien plus importante que celle pour laquelle elles avaient été conçues.
Cette situation peut provoquer une baisse de pression, notamment aux heures de forte consommation.
Une réforme de la gouvernance du secteur
Pour répondre à ces difficultés, le gouvernement a engagé une réorganisation du secteur de l’eau.
À la suite des annonces faites lors du discours sur l’état de la Nation, le Conseil des ministres a validé le principe d’une séparation des activités de la SEEG afin de créer deux entités distinctes : l’une dédiée à l’eau potable, l’autre à l’électricité.
Selon les autorités, cette évolution doit permettre une gestion plus spécialisée, une meilleure visibilité financière et une accélération des investissements.
L’objectif est également de renforcer la qualité du service rendu aux usagers en donnant à chaque entreprise des missions clairement définies.
Moderniser les infrastructures, un chantier de longue haleine
Améliorer durablement l’accès à l’eau potable suppose bien davantage que la réparation de quelques conduites.
Les investissements concernent plusieurs maillons de la chaîne :
- la sécurisation des captages d’eau ;
- la modernisation des stations de traitement ;
- le renforcement des capacités de stockage ;
- le renouvellement des canalisations anciennes ;
- l’extension du réseau vers les quartiers en développement.
Ces travaux demandent du temps, des financements importants et une planification rigoureuse.
Ils doivent également tenir compte de la croissance future des villes afin d’éviter que les nouvelles infrastructures ne deviennent rapidement insuffisantes.
Un enjeu sanitaire et économique
L’accès régulier à une eau potable de qualité ne concerne pas uniquement les ménages.
Il constitue aussi un facteur essentiel pour les établissements de santé, les écoles, les industries agroalimentaires, les hôtels, les restaurants et de nombreuses petites entreprises.
Une alimentation plus fiable contribue à améliorer les conditions sanitaires, à réduire certains risques de maladies hydriques et à renforcer l’attractivité économique des territoires.
À mesure que le Gabon poursuit sa stratégie de diversification économique, la disponibilité des services essentiels, comme l’eau et l’électricité, devient un critère déterminant pour les investisseurs et les entreprises.




