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Libreville : Oligui Nguema veut désormais s’attaquer aux chantiers qui défigurent la capitale

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Chantiers abandonnés et immeubles inachevés à Libreville sous l'administration Oligui Nguema

URBANISME. Les grands travaux ne suffiront pas à transformer Libreville. Dans son discours du 16 août, Brice Clotaire Oligui Nguema a posé un autre problème, beaucoup moins spectaculaire : celui des immeubles et des chantiers abandonnés qui bordent les principaux axes de la capitale. Le chef de l’État veut contraindre leurs propriétaires à agir et n’exclut pas, après les procédures prévues par la loi, une réquisition pour cause d’utilité publique.

Depuis plusieurs mois, le pouvoir montre les grues, les routes rénovées et les nouveaux équipements de Libreville comme les signes visibles du changement engagé depuis la Transition.

Le 11 août encore, à quelques jours de la fête de l’Indépendance, le président effectuait une tournée dans les 3e et 6e arrondissements pour constater l’avancement des travaux. Chaussées rénovées, ouvrages d’assainissement, parkings, abribus et aires de jeux font désormais partie du paysage de plusieurs quartiers.

Quelques heures de visite suffisent pourtant à rappeler une autre réalité de la capitale : à côté des ouvrages fraîchement livrés, certains bâtiments restent inachevés pendant des années.

C’est à ces propriétaires que le président s’est directement adressé le 16 août.

Le ton est ferme

« Vous avez des droits, mais vous avez aussi des obligations envers la collectivité », a déclaré Brice Clotaire Oligui Nguema.

Le chef de l’État demande que les travaux soient achevés dans les délais qui seront fixés. Pour les sites qui resteraient durablement abandonnés et qui constitueraient une menace pour la sécurité, la salubrité ou l’image de Libreville, il prévient que l’État prendra ses responsabilités.

La mesure annoncée va loin : après les mises en demeure nécessaires, le gouvernement pourrait adopter les dispositions permettant leur réquisition pour cause d’utilité publique.

Le président prend toutefois soin d’encadrer cette perspective. Elle devra intervenir dans le respect de la Constitution et du droit de propriété.

Ce détail sera important lorsque les premières mesures seront prises. Entre un discours de fermeté et une procédure de réquisition, il y a tout un cadre juridique à respecter.

Mais le message politique, lui, est déjà posé : l’abandon prolongé d’un chantier ne doit plus être considéré comme une situation ordinaire dans une capitale que l’État veut présenter comme une vitrine du pays.

Une transformation qui ne s’arrête pas aux grands projets

Le pouvoir a engagé une série de projets destinés à modifier le visage de Libreville.

Le Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba, la Cité Émeraude, l’Esplanade Georges Damas Aleka, l’Hôtel des Affaires étrangères Maison Jean Ping, les états-majors de la Marine nationale et des Sapeurs-Pompiers, ainsi que plusieurs centres de santé figurent parmi les réalisations citées par le président dans son discours.

À cela s’ajoutent les travaux routiers et les aménagements du front de mer.

En juin, le chef de l’État avait notamment inspecté le chantier d’aménagement du littoral entre le pont de Gué-Gué et la Baie des Rois.

Quelques semaines plus tard, il présentait à Félix Tshisekedi plusieurs sites emblématiques de cette transformation : la Baie des Rois, la Tour de Libreville, la Cité Émeraude et le Musée Omar Bongo Ondimba au Palais des Congrès.

Au-delà des rubans coupés et de la vitrine d’une capitale en chantier, le défi est ailleurs : assainissement, gestion des déchets, régulation de l’espace public et fin des chantiers fantômes. C’est précisément sur ces arbitrages du quotidien que le discours présidentiel prend toute sa portée.

La mairie ne pourra pas tout régler seule

Le 3 juin, lors d’une rencontre consacrée aux collectivités locales, le président avait déjà fixé plusieurs priorités pour Libreville : réorganisation de l’espace urbain, parkings modernes, espaces verts, lutte contre l’occupation anarchique du domaine public, assainissement et amélioration de la collecte et du traitement des déchets. La modernisation de l’administration municipale figurait également au programme.

En impliquant directement le secteur privé et les particuliers, le chef de l’État redistribue les cartes : la salubrité et le cadre de vie ne relèvent plus du seul ressort de la mairie ou du gouvernement, mais d’une responsabilité partagée.

Un bâtiment abandonné sur un grand axe n’est pas seulement le problème de son propriétaire. Il finit par devenir un problème urbain.

À l’inverse, une route rénovée ne peut conserver son état si les caniveaux sont obstrués, si les équipements sont dégradés ou si l’espace public est occupé sans contrôle.

Le président a donc fait du civisme une partie de son projet pour la capitale.

« Le civisme commence devant notre porte »

La formule n’a rien d’anodin.

Dans son discours, le chef de l’État appelle les habitants à entretenir leur maison et leur clôture, à respecter l’espace public et à prendre soin de leur environnement.

Le propos rejoint celui tenu quelques jours plus tôt lors de la Journée nationale du Drapeau. Cette édition avait été organisée simultanément dans les 15 arrondissements du Grand Libreville et dans les chefs-lieux de province, avec un accent particulier sur le rôle des chefs de quartier dans la cohésion sociale et la gouvernance locale.

Loin d’une simple campagne d’hygiène urbaine, le pouvoir tente d’imposer un nouveau contrat civique : si l’État bâtit et contrôle, il incombe aux collectivités d’entretenir, aux propriétaires d’assumer leurs chantiers, et aux citoyens de préserver leur cadre de vie.

C’est cette chaîne qui permettra, ou non, aux investissements engagés de produire des effets durables.

Une capitale appelée à accueillir davantage

L’enjeu prend une autre dimension avec l’ambition affichée par le Gabon d’accueillir un prochain sommet de l’Union africaine.

Le président prévient qu’un tel rendez-vous ne devra pas être une simple opération de prestige. Il devra démontrer la stabilité du pays, sa capacité d’organisation et son sens de l’hospitalité.

Si la tenue d’un sommet diplomatique exige des infrastructures modernes, elle impose avant tout une ville propre, fluide et fonctionnelle.

Un visiteur qui arrive à Libreville ne voit pas uniquement le Palais des Congrès ou la Baie des Rois. Il traverse des quartiers, emprunte des routes, fréquente des hôtels, utilise les transports et découvre les espaces publics.

L’image internationale du Gabon se joue donc aussi dans ces détails du quotidien.

C’est probablement pour cette raison que le président associe dans le même discours les grands chantiers, le développement de l’hôtellerie, l’entretien de la ville et le comportement des citoyens.

Le prochain test sera l’application

Si le discours fixe une ligne claire, la réussite de cette initiative dépendra désormais de ses modalités pratiques. En effet, plusieurs incertitudes demeurent quant aux bâtiments concernés, aux délais accordés aux propriétaires, au nombre de mises en demeure délivrées ou aux conditions exactes d’une réquisition. Dès lors, ces questions juridiques et logistiques s’avèrent centrales pour la suite du projet.

Elles permettront de mesurer si l’annonce du 16 août constitue simplement un avertissement politique ou le début d’une véritable politique de traitement des friches et chantiers abandonnés.

Le même principe vaut pour les travaux publics.

Lors de sa tournée du 11 août, le président avait demandé que les projets engagés soient exécutés dans les délais et que les infrastructures réalisées améliorent réellement le quotidien. Sur les principaux chantiers visités ce jour-là, plus de 300 personnes étaient mobilisées, dont environ 200 Gabonais sur deux des sites concernés.

La question n’est donc plus seulement de construire. Il faudra désormais montrer que le Gabon sait aussi terminer, entretenir et faire respecter.

Pour Libreville, c’est une étape importante. La capitale est en train de changer de visage. Le discours présidentiel suggère que la prochaine bataille sera celle de la discipline urbaine et de la responsabilité de chacun. Et cette bataille-là ne se gagnera pas uniquement avec des pelleteuses.

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