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Transformation locale du manganèse au Gabon : les enjeux | Gabon Quotidien

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Gabon : les enjeux de la transformation locale du manganèse

Le Gabon veut désormais aller au-delà de l’extraction de son manganèse. Avec le protocole d’accord signé le 20 juillet 2026 avec Eramet et sa filiale Eramet Comilog, le pays cherche à accélérer la transformation locale de cette ressource stratégique. L’objectif : produire davantage de valeur sur le territoire national, développer l’industrie et renforcer les retombées économiques de l’activité minière.

Derrière cette orientation se trouve une question simple : comment faire en sorte qu’une ressource extraite au Gabon génère le maximum de valeur avant de quitter le pays ? La réponse passe, pour les autorités gabonaises, par une transformation plus poussée du minerai sur place.

Transformer au Gabon pour créer davantage de valeur

L’exploitation minière constitue depuis longtemps un pilier de l’économie gabonaise. Mais l’extraction d’une ressource et sa transformation industrielle ne produisent pas les mêmes effets économiques.

L’extraction crée des emplois et génère des revenus pour l’État et les entreprises. La transformation, elle, ajoute de nouvelles étapes industrielles : traitement, production de matériaux intermédiaires, fabrication d’alliages et développement d’activités de maintenance, d’ingénierie et de sous-traitance.

C’est cette logique de montée en gamme que le Gabon cherche aujourd’hui à accélérer.

Le protocole conclu avec Eramet prévoit ainsi d’étudier plusieurs projets destinés à augmenter la quantité de manganèse transformée localement. Les scénarios envisagés pourraient porter la capacité de transformation jusqu’à 700 000 tonnes de minerai par an d’ici à fin 2031.

Le chiffre doit toutefois être interprété avec prudence : il s’agit d’un objectif industriel à l’étude, dont la réalisation dépendra notamment des conditions énergétiques, économiques et financières.

Le manganèse, une ressource au cœur de plusieurs industries

Le manganèse est principalement connu pour son rôle dans la fabrication de l’acier. Il contribue notamment à améliorer certaines propriétés des alliages utilisés dans l’industrie.

Mais ses usages industriels dépassent désormais le seul secteur sidérurgique. Certains composés du manganèse sont également utilisés dans des applications liées aux matériaux pour batteries et à d’autres technologies industrielles.

Cette évolution renforce l’intérêt stratégique de la ressource.

Pour un pays producteur comme le Gabon, la question n’est donc plus seulement de savoir combien de minerai peut être extrait. Elle consiste aussi à déterminer quelle part de la chaîne de valeur peut être développée localement.

C’est le sens de la nouvelle feuille de route engagée avec Eramet.

Une stratégie pour industrialiser davantage l’économie

La transformation locale du manganèse s’inscrit dans une ambition plus large : diversifier et industrialiser l’économie gabonaise.

Le principe est connu. Plus un pays transforme ses ressources sur son propre territoire, plus il peut développer autour de cette activité un ensemble d’entreprises et de compétences.

Une usine métallurgique ne fonctionne pas seule. Elle a besoin de techniciens, d’ingénieurs, de maintenance, de transport, de logistique, de services spécialisés et de fournisseurs.

Pour le Gabon, l’enjeu est donc de construire progressivement un écosystème industriel autour du manganèse.

Cette stratégie pourrait notamment créer des opportunités pour les PME locales capables de répondre aux besoins des grands opérateurs. Elle peut également favoriser la formation de profils techniques et industriels dont les compétences pourront ensuite être mobilisées dans d’autres secteurs.

La transformation locale devient ainsi un outil d’industrialisation qui dépasse la seule activité minière.

Pourquoi Eramet est au centre de cette stratégie

Le choix de travailler avec Eramet n’est pas anodin. Le groupe dispose déjà d’une longue expérience de la filière manganèse au Gabon à travers Eramet Comilog.

La transformation locale n’est d’ailleurs pas une activité totalement nouvelle pour le pays. Comilog transforme déjà une partie de son minerai au Gabon, notamment à travers le Complexe Industriel de Moanda et le Complexe Métallurgique de Moanda.

Le nouveau protocole cherche à franchir une étape supplémentaire.

Eramet doit apporter son expertise industrielle, son ingénierie et sa capacité à développer des projets métallurgiques. De son côté, l’État doit créer les conditions permettant à ces activités de rester compétitives, notamment en matière d’énergie et d’infrastructures.

Cette répartition des rôles est essentielle. Une usine peut être techniquement performante et néanmoins difficilement rentable si elle ne bénéficie pas d’un approvisionnement énergétique fiable ou de conditions logistiques adaptées.

L’énergie : le principal test de compétitivité

La transformation locale du manganèse pose une question déterminante : le Gabon pourra-t-il fournir une énergie suffisamment disponible et compétitive pour soutenir l’industrie ?

C’est l’un des points centraux du protocole signé avec Eramet.

Les projets envisagés nécessiteront des infrastructures énergétiques adaptées. L’État gabonais s’est donc engagé à travailler sur les conditions d’accès à l’énergie nécessaires à leur viabilité.

Cette question est stratégique pour l’ensemble de l’économie.

Si le Gabon veut attirer davantage d’industries de transformation, il devra pouvoir proposer un environnement énergétique suffisamment stable pour permettre aux investisseurs de planifier leurs activités sur le long terme.

Le manganèse devient ainsi un révélateur d’un défi beaucoup plus large : celui de la capacité du pays à construire les infrastructures nécessaires à son industrialisation.

Plus d’emplois, mais surtout des emplois plus qualifiés

L’un des arguments majeurs en faveur de la transformation locale concerne l’emploi.

Une industrie métallurgique mobilise une main-d’œuvre différente de celle directement liée à l’extraction minière. Elle nécessite des opérateurs spécialisés, des techniciens, des ingénieurs et des professionnels de la maintenance industrielle.

Le développement de ces activités peut donc contribuer à faire émerger de nouvelles compétences au Gabon.

Mais le véritable enjeu sera de faire en sorte qu’une part importante de ces emplois bénéficie aux travailleurs gabonais.

Cela suppose d’anticiper les besoins en compétences et de renforcer les formations techniques et professionnelles. L’industrialisation ne peut être durable que si le pays dispose des ressources humaines capables d’accompagner les investissements.

La transformation locale du manganèse pourrait donc devenir un accélérateur de la formation aux métiers industriels.

Une opportunité pour les entreprises locales

L’autre enjeu concerne le développement du tissu économique national.

Autour d’une grande usine peuvent se développer des entreprises spécialisées dans la maintenance, la fourniture d’équipements, le transport, la sécurité industrielle, la restauration collective, les services techniques ou encore la gestion des déchets.

Pour le Gabon, l’objectif devrait donc être de maximiser les retombées indirectes de la transformation du manganèse.

La réussite du modèle dépendra notamment de la capacité à connecter les grands projets industriels aux PME gabonaises.

C’est ici que la politique de contenu local peut jouer un rôle important : les investissements miniers doivent pouvoir générer un marché pour les entreprises nationales et contribuer à la constitution d’un véritable tissu industriel.

Une ambition qui devra désormais passer par les résultats

Le Gabon affiche depuis plusieurs années une volonté de renforcer la transformation locale de ses ressources minières. En juin 2025, le ministère des Mines avait annoncé l’ambition de transformer localement 100 % du manganèse extrait dans le pays à l’horizon 2029.

Le protocole signé avec Eramet représente une nouvelle étape dans cette trajectoire.

Mais entre une ambition industrielle et sa réalisation, plusieurs étapes restent à franchir. Les projets doivent être techniquement étudiés, économiquement viables et financièrement sécurisés.

L’accès à l’énergie sera déterminant. La disponibilité des infrastructures logistiques le sera également. Tout comme la capacité à former suffisamment de travailleurs qualifiés et à intégrer les entreprises locales.

Le Gabon devra donc mesurer la réussite de cette politique à des indicateurs concrets : volumes réellement transformés sur place, investissements effectivement réalisés, emplois créés, part des entreprises locales dans les marchés industriels et progression des compétences nationales.

Le véritable enjeu : retenir davantage de valeur au Gabon

Transformer davantage de manganèse sur place répond finalement à une ambition simple : faire en sorte que la richesse produite par une ressource gabonaise bénéficie davantage à l’économie gabonaise.

L’objectif n’est pas uniquement de produire plus. Il est de produire autrement.

En développant la transformation locale, le Gabon cherche à passer progressivement d’une logique d’exportation de ressources à une logique de création de valeur industrielle.

Le partenariat avec Eramet peut constituer un levier important dans cette transition. Mais son succès dépendra de la capacité à transformer les annonces en investissements, les investissements en usines et les usines en emplois, en compétences et en opportunités pour les entreprises gabonaises.

C’est à cette condition que la transformation locale du manganèse pourra devenir plus qu’un projet minier : un véritable projet d’industrialisation pour le Gabon.

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