Depuis plusieurs mois, le mot revient dans presque tous les discours officiels. Transformation locale. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema l’a encore martelé lors du Conseil des ministres du 15 octobre : ce n’est plus une option. Les ressources du pays doivent être transformées sur place, pour créer de la richesse et des emplois ici, et non ailleurs.
Le message est net. Mais entre l’intention et la réalité industrielle, le chemin reste long.
Un ministère fusionné pour accélérer
Le remaniement du 11 octobre a donné un signal fort. L’Industrie, le Commerce et la Transformation ont été regroupés sous un même portefeuille, confié à Emmanuel Eyeghe Nze, également porte-parole du gouvernement. L’idée est simple : casser les silos et forcer une coordination plus serrée entre production, transformation et commercialisation.
Dans le même temps, un ministère distinct a été créé pour les PME et l’entrepreneuriat. Le message politique est cohérent : la transformation locale ne peut pas reposer uniquement sur les grands groupes. Elle doit aussi irriguer le tissu des petites et moyennes entreprises.
Des projets qui sortent de terre
Ces dernières semaines, plusieurs annonces concrètes ont vu le jour.
À Malibé 2, près d’Akanda, la première pierre d’un complexe de clinker et de cimenterie a été posée le 20 octobre. Investissement annoncé : 114 milliards de FCFA. Objectif : produire localement près d’un million de tonnes de clinker par an et réduire la dépendance aux importations.
Côté manganèse, le dialogue avec Eramet et Comilog se poursuit. La feuille de route vise 700 000 tonnes de minerai transformé par an d’ici 2031, avec des étapes intermédiaires (composants de batteries, modernisation de Moanda, usine d’alliages).
En septembre, les Aciéries du Gabon ont lancé leur première production à Port-Gentil, à partir de ferraille locale. Un symbole d’économie circulaire et de souveraineté industrielle.
La zone de Nkok, de son côté, continue de concentrer des unités de transformation du bois.
Le vrai défi reste devant
Ces projets existent. Certains avancent. Mais la transformation locale ne se mesure pas au nombre de premières pierres posées. Elle se mesure à la part réelle de valeur ajoutée captée sur le territoire, au volume d’emplois qualifiés créés et à la capacité des entreprises gabonaises à s’insérer dans ces chaînes.
Plusieurs freins restent structurels : énergie fiable et compétitive, logistique, formation technique, accès au financement pour les sous-traitants locaux, et stabilité des règles du jeu pour les investisseurs.
Le Gabon exporte encore massivement des matières premières brutes. Pétrole, manganèse et bois représentent toujours l’essentiel des recettes d’exportation. Inverser cette logique prendra du temps.
Une course contre la montre
La volonté politique est affichée. Les ministères ont été réorganisés. Des projets industriels sortent de terre. Mais le compte à rebours est lancé. Chaque année où le pays continue d’exporterer la matière première brute, c’est de la valeur et des emplois qui partent ailleurs.
La transformation locale ne se décrète pas. Elle se construit, usine après usine, compétence après compétence, contrat après contrat. Pour l’instant, le Gabon a posé les bases. Reste à prouver qu’il peut tenir la distance.




