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Gabon Connect : la digitalisation des formalités des entreprises avance-t-elle vraiment ?

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Réunion de présentation de la plateforme Gabon Connect aux entreprises à Libreville

Le 22 octobre 2026, au Palais des Congrès Omar Bongo, le vice-président du gouvernement Hermann Immongault a présenté à la Fédération des entreprises du Gabon (FEG) deux nouveaux outils de la plateforme Gabon Connect : la Déclaration unique des salaires (DUS) et TrésorPay.

L’ambition est claire : réduire les allers-retours entre administrations, simplifier les déclarations et sécuriser les recettes de l’État. Mais derrière l’annonce, une question demeure : ces outils vont-ils réellement changer le quotidien des entreprises, ou rester une promesse de plus ?

Ce qui change concrètement

Aujourd’hui, un employeur doit effectuer des déclarations auprès de trois organismes : la Direction générale des impôts (DGI), la CNSS et la CNAMGS. Avec la Déclaration unique des salaires, une déclaration mensuelle commune sur la plateforme eEmployeur doit permettre de centraliser les informations relatives aux salariés et de simplifier les formalités sociales. Les cotisations CNSS et CNAMGS peuvent également être payées en ligne. La procédure fiscale, en revanche, conserve son circuit propre sur la plateforme eTax.

TrésorPay, de son côté, permet de déclarer et de payer en ligne des recettes non fiscales liées à plusieurs secteurs, dont le pétrole, les mines et la forêt. Le dispositif prévoit également la délivrance d’une quittance sécurisée par QR code. Son intérêt est de faciliter les paiements et d’améliorer leur traçabilité, à condition que le service soit accessible et fonctionne correctement au quotidien.

Le calendrier est progressif :

  • Depuis le 21 octobre 2026, les entreprises suivies par la Direction des grandes entreprises (DGE) peuvent utiliser la DUS.
  • Elles ont jusqu’au 15 novembre pour déposer leur première déclaration.
  • L’ensemble des employeurs devrait être concerné à partir de janvier 2027.
  • Le déploiement complet de Gabon Connect impôts, social, recettes non fiscales, douanes et foncier est prévu pour décembre 2027.

Les avantages attendus

Pour les entreprises, le gain potentiel est réel : moins de temps perdu dans les démarches, moins de saisies répétitives et, à terme, moins d’erreurs liées à la multiplication des déclarations. Pour l’État, l’objectif est double : améliorer le recouvrement des recettes et renforcer la traçabilité des opérations.

La FEG a salué le projet, tout en insistant sur un point crucial : la formation des entreprises. Sans accompagnement, même un outil bien conçu risque d’être sous-utilisé. Les petites et moyennes entreprises, qui ne disposent pas toujours d’un service comptable ou informatique étoffé, auront particulièrement besoin d’un appui adapté.

Les freins qui persistent

Plusieurs questions restent ouvertes.

D’abord, l’accès réel à la plateforme. Dans un pays où la connexion internet n’est pas uniforme et où beaucoup de petites et moyennes entreprises fonctionnent encore largement en mode manuel, le passage au tout-numérique ne va pas de soi. La disponibilité d’une interface en ligne ne garantit pas, à elle seule, que chaque entreprise puisse l’utiliser facilement.

Ensuite, la transition. Les entreprises doivent s’adapter aux nouveaux outils tout en respectant leurs obligations déclaratives et leurs échéances. Pour les paiements sociaux, les calendriers habituels sont maintenus pendant la période transitoire de 2026, alors que la déclaration évolue vers un rythme mensuel. Les modalités applicables à partir de 2027 devront être clairement expliquées aux employeurs pour éviter les erreurs et les retards.

Enfin, la fiabilité technique. Les plateformes numériques de l’administration peuvent être confrontées à des difficultés d’accès ou à des interruptions de service. Si eEmployeur ou TrésorPay rencontre de tels problèmes au démarrage, les entreprises pourraient avoir du mal à respecter leurs échéances. Il faudra donc observer la disponibilité des services, la réactivité de l’assistance et les solutions prévues en cas de blocage. À ce stade, ces risques constituent des points de vigilance, et non la preuve que les deux outils connaissent déjà de telles défaillances.

Un test de crédibilité pour la digitalisation

Gabon Connect n’est pas le premier projet de modernisation administrative. Ce qui le distingue, c’est l’ambition de regrouper plusieurs services derrière un même portail et de s’attaquer directement aux formalités qui mobilisent du temps et des ressources dans les entreprises.

Mais les résultats devront être mesurés sur des éléments concrets : le temps nécessaire pour effectuer une déclaration, la réduction des déplacements, le nombre d’erreurs constatées, la disponibilité des plateformes et la capacité des PME à utiliser les outils sans assistance permanente. Les retours des entreprises permettront également de savoir si la simplification annoncée se traduit réellement dans leurs opérations quotidiennes.

Pour l’instant, le signal est positif. Les grandes entreprises sont déjà engagées dans le processus. Reste à voir si, d’ici janvier 2027, le dispositif tiendra ses promesses pour l’ensemble du tissu économique. La réussite de Gabon Connect dépendra moins de la multiplication des services numériques que de leur simplicité d’utilisation et de leur fiabilité.

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