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Le trafic d’ivoire : un fléau qui ne faiblit pas en Afrique centrale

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Un éléphant dans la forêt tropicale du Gabon, symbole des espèces menacées par le braconnage

L’idée reçue voudrait que le trafic d’ivoire appartienne à une autre époque. Pourtant, en Afrique centrale et tout particulièrement au Gabon, ce fléau sévit toujours. Entre saisies régulières de pointes et interpellations, la triste réalité demeure : des pachydermes continuent d’être abattus pour leurs défenses.

Une menace qui a su s’adapter

Vers 2010, le trafic avait nettement reculé au Gabon. On a alors espéré un tournant.
Mais au tournant des années 2018-2019, la courbe s’est inversée avec un net regain d’activité. En réponse, les filières se sont métamorphosées pour gagner en discrétion et en mobilité. L’organigramme s’appuie désormais sur des braconniers locaux fins connaisseurs des sentiers forestiers, ainsi que sur des courtiers discrets chargés d’acheminer le tout vers les marchés extérieurs, portés par une voracité commerciale intacte.

Le Gabon, dernier grand refuge des éléphants de forêt

Actuellement, le territoire abrite encore près de 95 000 spécimens, soit plus de la moitié des effectifs survivants sur tout le continent. Surnommés à juste titre les « jardiniers des bois », ces mammifères s’avèrent indispensables à la santé de la canopée. S’ils venaient à disparaître, le contrecoup dépasserait de loin la seule disparition d’une icône animale : c’est l’ensemble de la machinerie écosystémique qui vacillerait.

Des opérations qui illustrent la réalité du terrain

Les agents des Eaux et Forêts et les forces de l’ordre multiplient les interventions. À titre d’illustration, une récente opération menée dans le nord du pays s’est soldée par trois suspects écroués à Libreville après une saisie à Ovan. Souvent, tout part d’un signalement : un villageois qui a vu ou entendu quelque chose. On découvre alors une carcasse sans défenses, puis, au fil de l’enquête, d’autres pointes d’ivoire, une arme artisanale, des munitions. Ces affaires, même modestes en apparence, rappellent que le braconnage se joue encore à l’échelle des villages, loin des grands réseaux médiatisés.

Une réponse judiciaire de plus en plus ferme

La loi gabonaise est claire. Le Code pénal sanctionne ces infractions, à travers son article 390, de peines pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement et d’amendes proportionnelles à la valeur des prises. Désormais, les magistrats n’hésitent plus à prononcer des mandats de dépôt contre les contrevenants. C’est un signal fort. Mais sur le terrain, beaucoup savent que la peur de la sanction ne suffit pas toujours à dissuader ceux qui n’ont que peu d’autres perspectives économiques.

Au-delà de la répression : construire des alternatives

Réprimer est nécessaire. Ce n’est pas suffisant. Pour que le trafic perde de son attractivité, il faut offrir d’autres chemins aux populations qui vivent à proximité des forêts. Sensibilisation, activités génératrices de revenus, développement de l’écotourisme… Ces pistes existent. Elles demandent du temps, des moyens et une volonté politique constante. Sans elles, le braconnage continuera de trouver des relais locaux.

Le trafic d’ivoire n’est pas une histoire ancienne. C’est une réalité qui évolue, s’adapte et continue de grignoter l’un des derniers grands sanctuaires d’éléphants de forêt au monde. Le combattre exige plus qu’une série d’arrestations. Il demande une mobilisation durable, à la fois judiciaire, économique et humaine.

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