Oyem, le 30 septembre 2026. C’est l’épilogue d’un gros coup de filet dans le septentrion : à Oyem, quatre personnes viennent de couper court à leur liberté après la saisie de trois peaux de panthère, de crocs, d’un fusil Simplex calibre 12 et de ses munitions. Cette affaire met une nouvelle fois en lumière la pression constante que subit ce félin intégralement protégé dans la province du Woleu-Ntem. Il a fallu une synergie sur le terrain entre la Police judiciaire, la Direction provinciale des Eaux et Forêts et l’ONG Conservation Justice pour faire tomber cette filière clandestine.
C’est lors d’une perquisition ciblée le 29 septembre dernier que les agents ont mis la main sur le butin illégal. Les trois premiers suspects ont été surpris en possession directe de ces pièces à conviction. Les interrogatoires menés dans la foulée ont permis aux enquêteurs de remonter jusqu’à deux autres complices présumés, débusqués dans les villages d’Essong 4 et d’Ebomane. Tous étaient visés pour abattage illégal d’espèces protégées et trafic de leurs dépouilles. Cette vague d’interpellations s’est conclue par la mise en garde à vue de cinq individus au commissariat de la Police judiciaire d’Oyem.
Quatre personnes placées sous mandat de dépôt
Le dossier a pris un tournant décisif le 18 septembre 2026, lorsque le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Oyem a délivré un mandat de dépôt contre quatre des prévenus, la cinquième personne ayant été blanchie.
Le 24 septembre, le verdict est tombé : les quatre prévenus ont été condamnés à deux mois d’emprisonnement, dont un mois avec sursis. La juridiction a également prononcé une amende de 100 000 francs CFA pour chacun, assortie de 1 million de francs CFA de dommages et intérêts au bénéfice de l’administration forestière.
Cette condamnation rappelle les engagements internationaux du pays. Nommé scientifiquement Panthera pardus, le léopard est répertorié comme espèce vulnérable par l’UICN et figure à l’Annexe I de la CITES, un texte qui interdit strictement le commerce international de l’animal et de ses produits dérivés.
Une espèce sous haute protection dans le droit gabonais
Sur le plan national, le Code forestier classe le félin parmi les espèces intégralement protégées. À ce titre, la chasse, la capture, la détention, le transport ainsi que la commercialisation de l’animal ou de ses parties sont formellement interdits par la loi. Sur le plan pénal, ces infractions exposent leurs auteurs à des peines allant de trois à six mois d’emprisonnement et à des amendes comprises entre 100 000 et 10 millions de francs CFA, ou à l’une de ces deux peines seulement.
L’affaire d’Oyem démontre ainsi que la préservation de la biodiversité ne s’arrête pas aux limites des aires protégées. Elle repose sur l’efficacité de la chaîne répressive — services forestiers, forces de l’ordre et magistrats — pour identifier les réseaux, intercepter les trophées et sanctionner les délinquants.
Au-delà des trophées, un enjeu vital pour la biodiversité
La découverte de trois peaux reflète une réalité dramatique : chaque pièce saisie correspond à un individu abattu pour satisfaire une demande illégale tenace. Pourtant, le Gabon joue un rôle de premier plan dans la conservation de ce grand prédateur. Des études scientifiques révèlent que le parc national de l’Ivindo abrite des densités pouvant atteindre environ 12 individus pour 100 km² dans certaines zones, même si ces données restent variables selon les méthodes de comptage et les sites observés.
Chaque intervention contre les trafiquants contribue ainsi à préserver un patrimoine naturel inestimable. À Oyem, si le volet judiciaire est désormais clos pour les quatre condamnés, le défi demeure entier : neutraliser les circuits de braconnage avant qu’ils ne mettent en péril les populations de l’un des symboles les plus emblématiques de la faune gabonaise.




