Le changement de direction annoncé chez Eramet Comilog marque le début d’une nouvelle séquence stratégique. Au 1er janvier 2027, Issempedjeno Ngaka prendra ses fonctions d’Administrateur Directeur Général, succédant à Leod Paul Batolo après onze années de gouvernance. Cette passation de pouvoir intervient dans un environnement mondial exigeant : marché du manganèse volatil, pression sur les prix et volonté affirmée de l’État gabonais d’accélérer l’industrialisation locale.
Le protocole signé le 20 juillet 2026 entre l’État et Eramet définit une feuille de route claire, incluant l’étude de trois scénarios pour transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai par an d’ici fin 2031. Pour la nouvelle direction, cinq dossiers majeurs structureront cette feuille de route.
1. Maintenir la performance industrielle dans un marché sous pression
Avant d’étendre la transformation locale, Comilog doit préserver son efficacité opérationnelle. En 2025, l’entreprise a transporté 6,4 millions de tonnes de minerai, produit 572 000 tonnes d’aggloméré au Complexe industriel de Moanda et 33 000 tonnes de silicomanganèse au Complexe métallurgique.
Toutefois, ces performances s’inscrivent dans un contexte mondial instable. Si la consommation globale de minerai a progressé de 7 % en 2025 pour atteindre 20,6 millions de tonnes (portée par la production d’alliages en Chine), le marché enregistre un léger excédent d’offre. Le prix moyen du minerai CIF Chine 44 % a chuté de 18 % sur l’année, s’établissant à 4,5 dollars par dmtu. Face aux prévisions de baisse de la demande pour 2026, la compétitivité reste le levier central. Elle repose sur toute la chaîne logistique : extraction, traitement, transport ferroviaire et capacités d’expédition au port d’Owendo.
2. Concrétiser le virage de la transformation locale
Comilog exploite déjà une base industrielle solide à Moanda avec son Complexe industriel (aggloméré) et son Complexe métallurgique (silicomanganèse et monoxyde de manganèse). L’accord de juillet 2026 vise désormais à passer des orientations stratégiques aux réalisations concrètes.
L’objectif d’atteindre une capacité de traitement local de 700 000 tonnes par an d’ici fin 2031 repose sur trois scénarios à étudier et à valider. Le rôle d’Issempedjeno Ngaka sera de faire progresser ces études d’ingénierie, de valider les choix d’investissement et de définir les modalités d’exécution, tout en veillant à ne pas fragiliser la rentabilité de l’activité minière existante.
3. Sécuriser l’approvisionnement énergétique de la filière
L’extension des capacités métallurgiques requiert des volumes d’électricité bien supérieurs à ceux d’une simple extraction minière. Le protocole signé avec l’État reconnaît explicitement l’accès à l’énergie comme une condition sine qua non de la viabilité des projets.
L’État gabonais s’étant engagé à garantir cet accès, la direction devra coordonner ses calendriers d’investissement avec les avancées des infrastructures énergétiques. Ce chantier conditionne non seulement l’avenir de Comilog, mais aussi le développement de tout l’écosystème industriel environnant.
4. Développer le tissu économique et les compétences locales
Comilog joue un rôle d’entraînement majeur pour l’économie nationale. En 2025, l’entreprise a réalisé plus de 70,5 milliards de FCFA d’achats au Gabon, soit 75 % de ses approvisionnements injectés auprès de 782 entreprises partenaires nationales, tout en comptant plus de 2 000 emplois directs.
Pour monter en gamme dans la maintenance, l’ingénierie et les services techniques, Comilog a lancé en 2025 un diagnostic de ses prestataires avec l’ANPI. Parallèlement, l’École des Mines et de la Métallurgie de Moanda a déjà formé plus de 200 jeunes (avec un taux d’insertion de 75 %) dans des spécialités clés comme la métallurgie, l’électromécanique et les automatismes. La nouvelle équipe aura pour mission d’élargir ce réseau de sous-traitants qualifiés pour maximiser la valeur ajoutée locale.
5. Structurer la nouvelle relation stratégique avec l’État
La relation historique centrée sur l’extraction évolue vers un partenariat d’industrialisation globale. Le cadre défini le 20 juillet 2026 prévoit un suivi conjoint des conditions économiques et techniques des projets.
Ce partenariat dépasse le cadre strict du minerai : il englobe le développement d’une filière de production de biocharbon à partir de coproduits forestiers ainsi que la création du fonds d’amorçage industriel « Made in Gabon ». La direction devra faire converger impératifs industriels et priorités de développement national.




