Article publié le 17 octobre 2026. Saisir de l’ivoire, arrêter des suspects, ouvrir une enquête… Ces actions font régulièrement la une. Mais derrière chaque opération se pose une question plus large : la justice suit-elle vraiment ? Au Gabon, la lutte contre le trafic d’ivoire ne se joue pas seulement dans la forêt. Elle se joue aussi dans les tribunaux.
Une législation qui existe déjà
Le Code pénal gabonais est clair. L’article 390 prévoit jusqu’à dix ans d’emprisonnement et une amende pouvant atteindre cinq fois la valeur de la saisie. Sur le papier, les peines sont dissuasives. Elles placent le trafic d’ivoire parmi les infractions graves. Encore faut-il que ces dispositions soient appliquées de manière cohérente et visible.
Du terrain au tribunal : un parcours souvent long
Les enquêtes commencent généralement sur le terrain, avec les agents des Eaux et Forêts et les forces de l’ordre. On découvre une carcasse, on saisit des pointes d’ivoire, parfois une arme artisanale. Les suspects sont interpellés, présentés au parquet, puis l’information judiciaire est ouverte. Certains partent en détention, d’autres restent libres sous contrôle. Le processus est classique. Mais il reste fragile : témoins qui se rétractent, preuves difficiles à conserver, délais qui s’allongent.
La dissuasion dépend de la suite donnée
Une arrestation médiatisée sans condamnation rapide perd une grande partie de son effet. Les réseaux observent. Si les peines restent rares ou légères, le risque calculé diminue. À l’inverse, des décisions fermes, bien motivées et portées à la connaissance du public envoient un signal clair : le trafic d’ivoire n’est plus une activité à faible risque.
Les limites de la seule répression
La justice environnementale ne peut pas tout résoudre seule. Elle agit en bout de chaîne. Sans renseignements de qualité, sans moyens d’investigation, sans protection des informateurs, les dossiers restent incomplets. Et même avec de bonnes affaires, l’absence d’alternatives économiques pour certaines communautés limite l’impact à long terme des peines.
Ce qui rend la justice crédible
Pour que la loi devienne un vrai outil de protection, plusieurs conditions doivent être réunies : des enquêtes solides, des magistrats formés aux enjeux environnementaux, des décisions exécutées, et une communication transparente sur les résultats. Quand ces éléments s’alignent, la répression gagne en légitimité… et en efficacité.
Protéger les éléphants de forêt exige plus que des textes sévères. Cela demande une justice qui suit réellement les affaires jusqu’au bout, sans faiblir. C’est à cette condition que le message envoyé aux trafiquants devient clair : en Gabon, l’ivoire ne passe plus inaperçu.




