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Éléphants et cultures détruites au Gabon : comment se faire indemniser ?

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Éléphant de forêt à proximité d'une plantation agricole au Gabon

Quand des éléphants passent dans une plantation au Gabon, ce n’est pas juste un problème de cohabitation. Pour beaucoup d’agriculteurs, c’est des mois de travail perdus. Des revenus qui disparaissent. Parfois même une partie de ce qui permet de nourrir la famille. Un système d’indemnisation existe. Il est prévu par des textes. Mais il impose des formalités. Et elles ne sont pas toujours simples à suivre.

Comment faire reconnaître son préjudice ? Qui doit intervenir ? Et pourquoi le paiement reste-t-il si souvent un problème ?

Une plantation ravagée, c’est parfois toute une saison qui s’effondre

Un agriculteur qui vit de sa terre peut tout perdre en une nuit. Manioc, bananes, plantains, arbres fruitiers. Les éléphants ne font pas dans le détail. Plusieurs parcelles peuvent être touchées d’un coup. Des mois de travail anéantis.

Dans certaines zones rurales, ça frappe directement les revenus des ménages. Et la capacité à se nourrir. Quand les passages se répètent, certains finissent par baisser les bras.

Ce n’est pas un phénomène isolé. Entre 2016 et 2021, près de 12 000 plaintes pour destructions de cultures par la faune ont été enregistrées au Gabon. Les chiffres viennent de l’Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale (CAFI). La Ngounié, le Haut-Ogooué, l’Ogooué-Ivindo et l’Ogooué-Lolo sont parmi les provinces les plus touchées.

Ces chiffres montrent une chose : le problème ne se limite pas à la protection des espèces. Il pose aussi la question de la sécurité économique des gens qui vivent près des zones où passent les éléphants.

L’indemnisation est prévue. Mais elle n’est pas automatique

On entend parfois que les victimes n’ont aucun recours. Ce n’est pas exact. L’arrêté n° 1370/PM du 26 décembre 2022 fixe les règles.

L’article 2 définit comme victime toute personne ayant subi un dommage certain – physique ou matériel – à cause des éléphants sauvages. Mais il y a une condition : le préjudice doit être constaté et évalué dans un procès-verbal signé par les autorités compétentes.

Retrouver sa plantation dévastée ne suffit pas. Sans constat officiel, le dossier bloque souvent. Cette formalité est déterminante.

Que faire juste après les dégâts ?

La première chose, c’est de signaler rapidement les destructions aux services des Eaux et Forêts et de l’Agriculture compétents sur place. Il faut un constat officiel. Plus les éléments sont précis, mieux c’est pour l’évaluation.

En pratique, il vaut mieux prendre des photos, noter la localisation des parcelles et préparer les infos sur les cultures détruites. Ces éléments aident. Mais ils ne remplacent pas le procès-verbal prévu par le texte.

L’arrêté est clair : le constat et l’évaluation doivent être consignés dans un procès-verbal signé par la victime, les agents habilités des ministères des Eaux et Forêts et de l’Agriculture, le gouverneur de province, ainsi que le préfet ou le sous-préfet du lieu.

Plusieurs niveaux d’administration interviennent. C’est aussi pour ça que le suivi du dossier est particulièrement important pour les agriculteurs qui vivent loin des centres.

Du constat au paiement : le parcours n’est pas simple

Une fois le préjudice constaté et évalué, le dossier suit un circuit administratif et budgétaire.

L’article 3 de l’arrêté précise que les dépenses sont engagées, liquidées et ordonnancées par les services du ministère des Eaux et Forêts, avec l’intervention de la Direction générale du Budget et des Finances publiques. Le paiement est ensuite fait par le Trésor public.

Le dossier transmis au Trésor doit notamment contenir le procès-verbal qui constate le préjudice et fixe le montant, le procès-verbal de constatation et d’évaluation, et l’état liquidatif avec l’identité et le lieu de résidence de la victime. Une commission de vérification est aussi prévue.

On distingue plusieurs étapes : reconnaissance du dommage, évaluation, validation administrative et budgétaire, puis règlement. Un préjudice reconnu n’est pas encore un paiement. La validation d’un dossier ne veut pas dire que l’argent arrive tout de suite.

Pourquoi ça prend souvent du temps ?

C’est l’une des principales difficultés. Entre la destruction et le versement, plusieurs étapes doivent être franchies. Différents services interviennent. Des pièces sont nécessaires. Et les ressources budgétaires doivent être là.

Une étude publiée par Espaces Africains sur la gestion du conflit homme-éléphant au Gabon avait déjà souligné ces problèmes. Démarches jugées longues. Méconnaissance des étapes. Incertitudes sur les délais de paiement.

La question se pose alors : à quoi sert un mécanisme d’indemnisation si les gens ne savent pas comment le mobiliser ou quand ils pourront vraiment toucher l’argent ? Le problème ne se limite pas à l’existence d’un texte. Il concerne aussi son application, l’information des populations et la capacité des administrations à traiter les dossiers dans des délais raisonnables.

Prévenir plutôt que seulement réparer

L’indemnisation ne peut pas être la seule réponse. En février 2025, le gouvernement a lancé le projet « Coexistence pacifique entre l’homme et l’éléphant au Gabon ». Financé à hauteur de 10 millions de dollars par le CAFI.

Mis en œuvre avec des partenaires comme la Wildlife Conservation Society (WCS) et Space for Giants, le programme prévoit l’installation de 1 800 clôtures mobiles dans les neuf provinces, le renforcement des capacités locales, la promotion de pratiques agricoles adaptées et un dispositif d’assurance pour compenser les dommages.

L’objectif est de réduire les incursions tout en préservant les activités agricoles et la biodiversité. Mais le projet devra être jugé sur des résultats concrets. Combien de clôtures ont réellement été installées ? Combien d’exploitations sont protégées ? Quelle est la fréquence des incursions ? Combien d’indemnisations ont effectivement été versées ?

Une clôture mal entretenue n’offre pas une protection durable. Et un mécanisme d’assurance annoncé ne devient opérationnel que lorsqu’on connaît précisément ses bénéficiaires, ses conditions et la façon de déclarer un sinistre.

Budget 2027 : on attend maintenant des résultats

La question de l’indemnisation est revenue lors des auditions parlementaires sur le projet de loi de finances 2027. Le 24 octobre 2026, devant les députés, le ministre des Eaux et Forêts, Maurice Ntossui Allogo, a présenté les orientations de son département face à la persistance des dégâts.

La stratégie évoquée s’appuie notamment sur la cartographie des couloirs de déplacement des éléphants, la maintenance des clôtures électriques, la sécurisation des exploitations et l’amélioration du dispositif d’indemnisation. Le transfert de la gestion du conflit homme-faune au ministère des Eaux et Forêts constitue aussi une évolution. Il doit permettre une meilleure coordination sur le terrain.

Cette réorganisation devra cependant être évaluée à partir de résultats mesurables. Combien de dossiers sont actuellement en attente ? Quel montant a réellement été versé ? Combien de plantations ont été protégées ? Quels délais séparent désormais le dépôt d’une plainte du paiement ? Ces chiffres restent indispensables.

Faire de l’indemnisation un droit qui fonctionne vraiment

Le Gabon doit concilier deux choses : protéger une biodiversité exceptionnelle et permettre aux populations rurales de vivre de leurs activités agricoles. Ces objectifs ne sont pas incompatibles. Mais cela suppose une politique qui ne laisse pas les agriculteurs supporter seuls le coût de la conservation.

L’existence d’un cadre réglementaire est une première étape. Elle ne suffit pas si les procédures restent longues, si l’information est insuffisante ou si les paiements restent incertains.

L’enjeu est maintenant de rendre le dispositif plus clair, de rapprocher les services des communautés rurales et de publier régulièrement des données sur les dossiers reçus, validés et effectivement payés.

Derrière chaque plantation détruite, il y a un ménage qui perd une partie de son revenu. Parfois sa principale source d’alimentation. La coexistence entre l’homme et l’éléphant ne pourra durablement s’imposer que si la protection de la faune s’accompagne d’une véritable protection des moyens de subsistance des populations.

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