À une vingtaine de kilomètres de Tchibanga, dans la Nyanga, le projet de transformation du marbre de Doussiegoussou franchit une nouvelle étape. Machines de découpe, structures industrielles et bâtiments annexes prennent progressivement forme. Avec une phase de test envisagée en décembre 2026 et une production industrielle attendue en 2027, le projet pose une question qui dépasse largement la seule exploitation d’un gisement : le Gabon parviendra-t-il à transformer davantage de ses ressources sur place et à conserver une part plus importante de leur valeur ?
À Doussiegoussou, le paysage industriel de la Nyanga commence à changer.
Sur le site situé à une vingtaine de kilomètres de Tchibanga, les blocs de marbre côtoient désormais les structures métalliques et les premiers équipements destinés à leur transformation. Le projet porté par Marmion Minerals, annoncé par les autorités en juillet 2024, entre progressivement dans une phase concrète. La future usine doit notamment intégrer des opérations de découpe, de polissage et de finition.
Une phase de test pourrait intervenir en décembre 2026, sous réserve de l’achèvement du montage et de l’installation des équipements. La production industrielle est, elle, envisagée pour 2027, sans date précise officiellement annoncée à ce stade.
Pour la Nyanga, le projet représente une nouvelle activité industrielle. Pour le Gabon, il constitue surtout un test grandeur nature de sa stratégie de transformation locale des ressources naturelles.
Du bloc de marbre au produit fini
Le changement recherché paraît simple sur le papier : ne plus seulement extraire une matière première, mais réaliser au Gabon une partie plus importante des opérations qui lui donnent sa valeur commerciale.
À Doussiegoussou, le processus doit commencer par la découpe des blocs. Des équipements de précision utilisant notamment des outils diamantés doivent permettre de produire des pièces destinées aux étapes suivantes de transformation. Le polissage et la finition doivent ensuite compléter le processus.
Cette évolution est importante parce qu’elle modifie la nature de l’activité économique.
Dans un modèle essentiellement extractif, la valeur est principalement concentrée autour de l’extraction et de la commercialisation de la ressource. Dans une chaîne de transformation, d’autres métiers apparaissent : opérateurs, maintenance, logistique, contrôle qualité, transformation, commercialisation et services associés.
C’est précisément cette chaîne que le Gabon cherche à développer dans plusieurs secteurs.
Le discours présidentiel de 2025 avait d’ailleurs explicitement cité le marbre parmi les ressources devant faire l’objet d’une transformation locale, avec l’objectif de passer notamment du marbre extrait à des produits finis tels que des carreaux.
Doussiegoussou devient ainsi un cas concret de cette orientation.
500 emplois : le chiffre devra maintenant se traduire sur le terrain
L’autre promesse importante du projet concerne l’emploi.
Selon les informations recueillies sur le site, environ 40 Gabonais travaillent déjà sur le chantier. À terme, l’entreprise annonce jusqu’à 500 postes, notamment dans la conduite des machines, la maintenance, la manutention, la logistique et l’administration.
Mais le véritable enjeu ne sera pas uniquement le nombre de postes créés.
La question sera également celle de leur qualification, de leur stabilité et de la capacité de l’activité à faire émerger un véritable écosystème économique autour de l’usine.
Une usine de transformation peut en effet générer davantage que ses emplois directs : transport, maintenance, fourniture d’équipements, sécurité, restauration, hébergement, services techniques ou encore sous-traitance.
Pour la Nyanga, l’enjeu consiste donc à faire en sorte que l’usine ne fonctionne pas comme une enclave industrielle isolée, mais qu’elle puisse entraîner progressivement une partie du tissu économique local.
Une usine, mais aussi une filière à construire
C’est probablement là que se situe le véritable défi de Doussiegoussou.
Transformer le marbre localement nécessite une usine. Mais une usine ne suffit pas à créer une filière industrielle complète.
Il faudra également disposer d’une logistique efficace pour acheminer les blocs et les produits finis, d’une alimentation énergétique fiable, de compétences techniques, de débouchés commerciaux et d’infrastructures adaptées.
La question du marché sera particulièrement importante.
Le Gabon devra déterminer quelle part de la production pourra être absorbée par le marché intérieur et quelle part devra être exportée. Les débouchés peuvent notamment concerner le bâtiment, l’aménagement intérieur, les revêtements et différents produits décoratifs.
Plus la transformation réalisée localement sera poussée, plus la valeur ajoutée potentiellement conservée dans le pays pourra augmenter.
Mais cela suppose que les produits gabonais soient compétitifs en qualité, en prix et en régularité d’approvisionnement.
La Nyanga dispose-t-elle des infrastructures nécessaires ?
Doussiegoussou ne peut pas être regardé uniquement à l’échelle de l’usine.
La province de la Nyanga concentre aujourd’hui plusieurs projets miniers ou industriels. Le gouvernement a notamment identifié le fer de Milingui, la potasse de Mayumba ainsi que des projets liés au nickel, au cuivre et au marbre de Doussiegoussou. En mars 2026, la Présidence estimait que l’ensemble de ces projets pouvait générer entre 6 000 et 7 000 emplois directs et indirects.
Cette concentration de projets peut créer une dynamique industrielle nouvelle.
Mais elle pose également une question : les infrastructures de la province sont-elles dimensionnées pour accompagner cette montée en puissance ?
Routes, énergie, eau, télécommunications, logistique et transport des marchandises deviendront progressivement déterminants.
Le développement du marbre pourrait donc contribuer à justifier des investissements qui bénéficieraient également à d’autres activités économiques de la Nyanga.
Une transformation qui devra aussi gérer son empreinte environnementale
Le processus industriel annoncé prévoit un dispositif de récupération de l’eau utilisée pour la découpe et le refroidissement. L’eau doit être récupérée dans des bassins de décantation avant d’être réutilisée dans le circuit. Les responsables du projet évoquent également la possibilité de valoriser certains résidus de production, notamment la poussière de marbre.
Ces dispositifs devront naturellement être appréciés sur la durée, une fois l’usine en fonctionnement.
L’enjeu environnemental ne se limite pas à la gestion de l’eau ou des poussières. Il concerne aussi l’exploitation du gisement, les impacts sur les sols, les infrastructures, le transport et la gestion des déchets.
Pour un projet appelé à s’inscrire dans la durée, la performance industrielle devra donc être accompagnée d’un suivi environnemental rigoureux.
Le véritable test commencera avec la production
Le projet de Doussiegoussou est désormais visible sur le terrain. Les machines sont installées, les infrastructures annexes prennent forme et plusieurs dizaines de travailleurs sont déjà mobilisés.
Mais le passage du chantier à l’industrie constituera une étape beaucoup plus importante.
Il faudra alors mesurer concrètement :
- les volumes de marbre effectivement transformés au Gabon ;
- la capacité réelle de l’usine ;
- le nombre d’emplois créés ;
- la part de main-d’œuvre gabonaise qualifiée ;
- les achats effectués auprès des entreprises locales ;
- les débouchés sur le marché national et à l’export ;
- les recettes générées ;
- le niveau de transformation atteint ;
- et la capacité du projet à fonctionner durablement.
C’est à partir de ces indicateurs que l’on pourra réellement mesurer la contribution du projet à l’économie gabonaise.
Doussiegoussou peut-il devenir plus qu’une usine ?
C’est finalement la question centrale.
Le Gabon possède déjà plusieurs exemples de transformation locale de ses ressources. Le défi consiste désormais à multiplier les chaînes de valeur et à faire émerger des activités industrielles capables de créer des emplois, des compétences et des revenus au-delà de la seule extraction.
À Doussiegoussou, le marbre offre précisément cette possibilité.
Le projet annoncé en 2024 entre progressivement dans sa phase opérationnelle. La prochaine échéance annoncée est une phase de test en décembre 2026, avant une production industrielle envisagée en 2027.
Le véritable enjeu ne sera donc pas seulement de sortir du marbre de la terre. Il sera de savoir quelle part de la valeur créée par cette ressource restera en Nyanga et au Gabon.
Si l’usine parvient à transformer régulièrement la matière première, à former des compétences locales, à faire travailler des entreprises gabonaises et à trouver des marchés pour ses produits, Doussiegoussou pourrait devenir davantage qu’un site minier : un exemple concret de passage de l’extraction à la transformation industrielle.
C’est à cette étape que se mesurera véritablement la réussite du pari industriel engagé dans la Nyanga.




