Jeudi dernier à Pékin, la République gabonaise, Eramet Comilog et Sinohydro ont signé une lettre d’intention. L’objet officiel est technique : explorer des solutions d’approvisionnement électrique pour une future usine d’alliages de manganèse. Mais le signal politique et économique est bien plus large. Il dessine un triangle de coopération inédit entre l’État gabonais, un groupe minier franco-gabonais historique et un géant chinois des infrastructures.
Une signature au cœur d’une visite d’État
La cérémonie s’est déroulée en marge de la visite d’État du président Brice Clotaire Oligui Nguema en Chine. Ce n’est pas un détail. En choisissant Pékin pour formaliser cette étape, le Gabon affiche clairement sa volonté de diversifier ses partenaires et d’accélérer la transformation de ses ressources. Après le protocole d’accord signé le 20 juillet 2026 à Paris avec Eramet, voici maintenant la Chine appelée en renfort sur le volet énergétique, jugé déterminant.
Eramet apporte l’expertise, Sinohydro la capacité d’exécution
Eramet Comilog exploite depuis des décennies le gisement de Moanda et connaît parfaitement la filière manganèse. Le groupe maîtrise les procédés industriels et les marchés. Mais pour construire des centrales hydroélectriques et sécuriser l’alimentation d’une usine gourmande en énergie, il faut une autre compétence. C’est là qu’intervient Sinohydro, filiale de PowerChina, habituée aux grands projets d’infrastructures en Afrique et ailleurs.
Chacun apporte ce que l’autre n’a pas. L’État gabonais, de son côté, joue le rôle d’arbitre et de facilitateur. L’objectif affiché reste le même depuis juillet : faire passer le pays d’exportateur de minerai brut à producteur d’alliages, avec une ambition pouvant atteindre 700 000 tonnes de minerai transformées localement par an d’ici 2031.
Une diplomatie économique assumée
Ce montage illustre une approche pragmatique. Le Gabon ne choisit pas entre la France et la Chine. Il mobilise l’un pour l’industrie minière et l’autre pour l’énergie et les infrastructures. Dans un contexte où les métaux de la transition énergétique sont devenus stratégiques, Libreville cherche à capturer davantage de valeur sur son territoire plutôt que de laisser partir la quasi-totalité de sa production sous forme brute.
La lettre d’intention ne constitue pas encore un engagement ferme. Elle ouvre une phase d’études techniques, commerciales et financières. Mais elle marque une étape supplémentaire dans la construction d’une chaîne de valeur plus intégrée. L’usine d’alliages envisagée dans la région de Libreville ne verra le jour que si l’équation énergétique trouve une solution viable. Et c’est précisément sur ce point que la Chine est désormais sollicitée.
Un test pour la stratégie de montée en gamme
Au-delà du projet lui-même, cette coopération servira de test. Le Gabon réussira-t-il à faire travailler ensemble un opérateur minier européen et un constructeur chinois sous sa propre impulsion ? Les conditions financières et le partage des risques seront déterminants. Tout comme la capacité de l’État à garantir un cadre stable et attractif.
Pour l’instant, le triangle Gabon-Eramet-Chine existe surtout sur le papier. Mais il dessine déjà une méthode : utiliser les atouts de chacun pour sortir enfin du modèle extractif classique. Si les études aboutissent, ce partenariat pourrait devenir un modèle. S’il s’enlise, il ne restera qu’une signature de plus dans un long cortège d’intentions.




