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Souveraineté alimentaire au Gabon : l’ambition est là, les moyens suivent-ils ?

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Des champs cultivés dans une zone rurale du Gabon dans le cadre des projets de souveraineté alimentaire

Le Gabon importe encore entre 70 et 80 % de ce qu’il mange. Chaque année, la facture frôle les 500 milliards de FCFA. Dans un pays qui exporte du pétrole, du manganèse et du bois, ce chiffre sonne comme un paradoxe. Et comme un échec collectif.

Depuis plusieurs mois, les autorités en font une priorité. Le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema le répète. Le ministre de l’Agriculture, Pacôme Kossy, le martèle. L’objectif est clair : produire davantage ici pour importer moins. Mais entre les annonces et la réalité des champs, le chemin reste escarpé.

Le test du poulet

La filière avicole est devenue le premier vrai test. À partir du 1er janvier 2027, les importations de poulet de chair doivent cesser. Un marché qui pèse environ 90 000 tonnes et plus de 70 milliards de FCFA par an.

Le gouvernement a sélectionné 150 exploitations pour accélérer la production nationale. Des investisseurs ont été reçus. Des projets de fermes intégrées sont annoncés. Mais la question qui taraude les opérateurs reste la même : la production locale sera-t-elle prête, en volume et en prix, pour éviter les pénuries et les hausses de prix dès janvier ?

Des signaux contrastés

Fin octobre, le chef de l’État a reçu l’ancien Premier ministre Raymond Ndong Sima, puis des opérateurs intéressés par l’aviculture. Le même mois, la Société d’agriculture et d’élevage du Gabon (SAEG) a été placée sous administration provisoire pour 90 jours. Un signal de reprise en main, mais aussi le signe que l’outil public était en difficulté.

Dans le même temps, le projet de budget 2027 prévoit une baisse d’environ 20 % des crédits de la mission Agriculture, élevage et pêche. L’agriculture pure progresse un peu, mais l’élevage et la pêche reculent nettement. Dans un pays qui veut produire plus, la contrainte budgétaire arrive au plus mauvais moment.

Des projets qui sortent, lentement

Des initiatives concrètes existent. À Mayumba, des coopératives plantent manioc et maïs avec l’ambition d’un label local. À Grand Minkong, un projet de près de 9 milliards de FCFA vise la production de tomates, ananas, banane plantain et manioc. Des programmes de plants améliorés (manioc, banane) ont été lancés. Un Plan de transformation des systèmes alimentaires 2026-2030 est en préparation.

Mais ces projets restent encore dispersés. La question n’est plus seulement de produire. C’est de structurer des filières complètes : semences, intrants, stockage, transformation, distribution et débouchés stables.

La vraie équation

La souveraineté alimentaire ne se décrète pas. Elle se construit dans les exploitations, les abattoirs, les entrepôts et les marchés. Elle exige de l’énergie fiable, des routes praticables, du financement adapté et des compétences techniques.

Le Gabon a le foncier. Il a l’ambition politique. Il a même commencé à bouger sur certaines filières. Ce qui lui manque encore, c’est la cohérence entre le discours, les moyens budgétaires et le rythme d’exécution sur le terrain.

2027 approche. Le test du poulet sera le premier vrai examen. S’il est réussi, d’autres filières pourront suivre. S’il échoue, le discours sur la souveraineté alimentaire perdra rapidement de sa crédibilité.

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