À quelques kilomètres de Lambaréné, la Zone d’investissement spéciale (ZIS) d’Ikolo devait marcher dans les pas de la géante de Nkok : accélérer la transformation locale du bois, capter les investisseurs étrangers et créer un bassin d’emplois durables hors de la capitale. Quatre ans après sa création en 2021, le constat s’impose : si le site est bel et bien en activité, son décollage reste encore timide au regard des promesses initiales.
Des ambitions de départ taillées en grand
Lorsque l’État gabonais et l’aménageur GSEZ scellent la convention de création d’Ikolo en juin 2021, la feuille de route affichée par le ministère de la Promotion des Investissements est particulièrement engagée. L’objectif prévoyait l’installation de 5 à 6 industriels de la filière bois dès 2022, spécialisés dans les deuxième et troisième transformations, la création de 1 500 à 2 000 emplois directs et l’exportation mensuelle de 300 conteneurs de bois usiné.
Sur le terrain, les travaux démarrés en novembre 2021 permettent l’ouverture d’une première unité au début de l’année 2022. La zone s’étend aujourd’hui sur 318 hectares aménagés — complétés par une réserve naturelle de 522 hectares — et intègre des parcelles industrielles, des réseaux techniques, une zone résidentielle ainsi que plusieurs appontements fluviaux. Pourtant, ces prévisions ambitieuses relevaient davantage d’une feuille de route prospective que d’une réalité immédiatement mesurable.
Un portefeuille d’entreprises encore restreint
Dans les six mois suivant l’inauguration, GSEZ annonçait la venue de quatre investisseurs. Mais à la différence de la ZIS de Nkok — dont la communication met régulièrement en avant un écosystème de plus de 140 entreprises —, l’opérateur ne publie aucun bilan consolidé équivalent pour Ikolo.
Cette sobriété statistique n’est pas anecdotique. Elle illustre la jeunesse d’une plateforme qui cherche encore son rythme de croisière. Là où Nkok bénéficie de plus de dix ans de maturation et d’un tissu industriel très diversifié, Ikolo demeure une infrastructure en phase de consolidation stratégique.
Emploi : un premier ancrage territorial, mais loin du compte
Sur le front social, les données publiées par GSEZ faisaient état de 750 emplois directs et d’une centaine d’emplois indirects créés à la fin de l’année 2022.
En confrontant ces résultats aux intentions de départ, l’écart est notable :
- Objectif gouvernemental initial (fin 2022) : 1 500 à 2 000 emplois directs.
- Résultat documenté par l’aménageur (fin 2022) : 750 emplois directs et 100 emplois indirects.
Ces chiffres témoignent d’un démarrage concret, mais révèlent un rythme de recrutement plus lent que prévu. Faute de recensement officiel ou de données publiques récents, il convient de rester mesuré sur le volume exact d’emplois actifs sur le site à ce jour.
Au cœur de l’usine : le règne de la filière bois
Sur le plan de la production, la filière forêt-bois constitue le moteur quasi exclusif de la zone. Les implantations couvrent les trois premiers maillons de la chaîne : le sciage (première transformation), le déroulage pour le placage (deuxième transformation) et la fabrication de contreplaqué (troisième transformation).
L’implantation de Greenply Gabon, filiale du groupe indien éponyme, illustre bien cette logique. Dès son installation, le groupe prévoyait de traiter chaque mois entre 6 000 et 8 000 m³ d’Okoumé pour produire des feuilles de placage destinées au marché européen et international, concrétisant ainsi la volonté nationale de capter davantage de valeur ajoutée avant l’exportation.
À ce jour, GSEZ avance le chiffre global de 75 000 m³ de bois transformé sur la plateforme.
Diversification et effet d’entraînement : le défi de Lambaréné
Bien que le cahier des charges d’Ikolo prévoie d’ouvrir le site à l’agroalimentaire, à la chimie ou au recyclage, la réalité industrielle demeure très concentrée sur la ressource ligneuse. C’est là tout l’enjeu des prochaines années : réussir la diversification pour transformer une enclave industrielle en un véritable pôle économique régional.
Positionnée à 1,5 km de Lambaréné, la ZIS d’Ikolo possède un fort potentiel d’entraînement pour le tissu économique du Moyen-Ogooué. La montée en puissance du site doit stimuler la sous-traitance locale, la logistique, le transport, la maintenance, la sécurité et la restauration.
Nkok / Ikolo : deux échelles, deux réalités
Pour bien situer la dynamique de la zone, un rapide parallèle s’impose :
| Indicateur | ZIS de Nkok | ZIS d’Ikolo |
|---|---|---|
| Lancement | 2010 | 2022 |
| Localisation | 27 km de Libreville | 1,5 km de Lambaréné |
| Superficie aménagée | 1 126 ha | 318 ha |
| Préservation naturelle | — | 522 ha (zone verte) |
| Implantations | ~144 investisseurs | 4 investisseurs (au démarrage) |
| Emplois créés | +20 000 (directs et indirects) | 750 directs (fin 2022) |
| Cœur d’activité | Bois & diversification multi-secteurs (22 filières) | Bois dominante (ouverture théorique multi-secteurs) |
Relever le défi du changement d’échelle
La création d’une zone industrielle ne constitue que la première étape d’une politique de développement territorial. La réussite d’Ikolo dépendra de sa capacité à surmonter les contraintes structurelles bien connues du secteur industriel national : coût et disponibilité de l’énergie, compétitivité de la logistique et climat des affaires, autant de sujets régulièrement soulevés par les opérateurs économiques lors des dialogues public-privé.
Le premier bilan d’Ikolo montre une infrastructure fonctionnelle et des chaînes de production opérationnelles. Pour concrétiser son ambition d’imposer un second moteur industriel hors du Grand Libreville, la plateforme devra réussir son changement d’échelle : attirer de nouveaux capitaux, diversifier ses filières et accélérer la création d’emplois locaux.




