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Rail et ville dans le Grand Libreville : le choc de deux mondes

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Signature de la convention de sécurité ferroviaire entre la SETRAG et les mairies du Grand Libreville

Libreville pousse, Ntoum s’étale, Owendo se densifie. Et au milieu ? Les rails du Transgabonais. Ce qui relevait autrefois du simple tracé industriel traverse désormais les cours de maison, borde les marchés locaux et coupe les chemins de classe. Résultat : assurer la sécurité sur les voies n’est plus une question de consigne individuelle. C’est un pur casse-tête d’urbanisme.

648 kilomètres de rails reliant le port d’Owendo à Franceville. En 2024, le Transgabonais a trimballé 264 000 passagers et près de 8,9 millions de tonnes de fret — du manganèse, essentiellement, poumon vertébral des exportations. Sauf qu’en bout de ligne, les convois de plusieurs milliers de tonnes freinent au beau milieu du quotidien des riverains.

On traverse les rails à pied pour acheter son pain. On les longe en rentrant du boulot. Les enfants y jouent. La promiscuité est totale, le danger permanent.

C’est ce terrain glissant qui a poussé la SETRAG et les mairies du Grand Libreville à signer une convention ciblée ce 24 septembre 2026. L’objectif ? Éviter les drames. Mais la vraie question reste entière : comment faire cohabiter des trains lourds et une population qui s’installe à quelques mètres de la voie ?

Fin du « chacun chez soi »

Longtemps, le réflexe s’est limité aux appels à la prudence. Utile, certes, mais insuffisant. Quand un quartier informel surgit au bord des traverses, la responsabilité devient floue. À qui de sécuriser ? L’opérateur ferroviaire ? La mairie ? Le riverain ?

Pour casser cette logique d’évitement, l’ARTF, la SETRAG et les élus locaux tentent d’imposer un travail d’équipe. Première décision concrète : former et déployer des jeunes issus directement des quartiers bordant la ligne. L’idée ne manque pas de pragmatisme : un voisin formé aux risques sera toujours plus écouté qu’un panneau de signalisation ou une affiche institutionnelle.

La guerre du foncier

Reste le problème de fonds, bien plus délicat : la maîtrise de la terre.

Théoriquement, la loi impose une bande de sécurité de 15 mètres de part et d’autre des rails (jusqu’à 40 mètres pour le droit de passage). Dans les faits ? L’urgence du logement et la spéculation ont grignoté ce périmètre depuis des années.

Et le timing presse. Le Gabon investit lourdement dans la remise en état de son réseau — plus de 400 km de traverses et 160 km de rails ont déjà été remplacés dans le cadre du programme soutenu par Proparco. Problème : moderniser les rails ne sert à rien si des baraquements et des étals continuent de s’installer à un mètre des wagons.

Anticiper plutôt que ramasser

Exercices de simulation, réponses aux déraillements (comme au PK2+200 début 2026) : la SETRAG sait réagir. Mais l’urgence est ailleurs : il faut empêcher l’accident avant qu’il ne se produise.

Cela passe par des choix urbains fermes. Aménager de vrais passages piétons sécurisés, murer les accès aveugles, déplacer les marchés informels hors des emprises, et répéter les consignes dans les écoles du secteur.

Le Transgabonais ne pourra pas se barricader sur 600 kilomètres. Alors que la capitale continue de s’étendre, l’enjeu ne sera pas de repousser les habitants, mais d’apprendre à la ville à structurer sa cohabitation avec le train.

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