De la mine de Moanda jusqu’au port d’Owendo, le Transgabonais ne se contente pas de faire défiler des convois de minerai. Long de 648 kilomètres, cet axe stratégique relie l’intérieur du pays au littoral, irrigue le tissu industriel, transporte les voyageurs et achemine le fret quotidien. Sa modernisation dépasse donc la simple gestion d’infrastructures : elle conditionne la vitalité économique du Gabon.
Si la ligne évoque d’abord l’évacuation des matières premières, son impact réel touche l’ensemble des activités nationales. Exploité par la Société d’Exploitation du Transgabonais (SETRAG), ce réseau traverse plusieurs provinces et dessert 24 gares.
Les bilans du premier semestre 2026 illustrent son rôle pivot : plus de 4,9 millions de tonnes de marchandises ont transité par les rails (dont 4,7 millions issues du secteur minier), accompagnées de 111 319 passagers. Une évidence s’impose : dès que le rail ralentit, c’est tout l’appareil productif qui accuse le coup.
Manganèse : la chaîne logistique sous tension
Sur le terrain industriel, l’équation est simple : sans chemin de fer, impossible d’exporter le manganèse extrait à Moanda. Le rail permet d’acheminer chaque année quelque 6 millions de tonnes de minerai et de fret vers les quais d’Owendo.
Une interruption de trafic, même brève, se repercute immédiatement de la mine jusqu’aux opérations portuaires. La voie ferrée agit ainsi comme le garant invisible des engagements commerciaux du Gabon à l’international.
L’enjeu devient d’autant plus sensible que Libreville accélère sur la transformation locale. La feuille de route signée en juillet 2026 entre le gouvernement et le groupe Eramet vise à traiter jusqu’à 700 000 tonnes de minerai par an sur le sol national d’ici 2031. Une ambition industrielle majeure qui repose entièrement sur un réseau ferré robuste et fluide.
Au-delà du minerai : l’artère des territoires
Limiter le Transgabonais à sa fonction minière serait oublier sa vocation humaine et territoriale. Le train achemine également le bois, la production agricole et divers biens de consommation, tout en désenclavant les provinces de l’intérieur.
Pour de nombreuses familles riveraines de la ligne, la ligne ferroviaire demeure l’unique lien fixe vers les grands centres urbains. Garantir la régularité des trajets ne relève pas seulement de la performance commerciale : c’est un impératif d’aménagement du territoire et d’équité sociale.
Sécuriser les voies : le défi de la régularité
Soumise à d’imposantes charges quotidiennes, la voie ferrée exige un entretien sans relâche. Rails, traverses, ballast et ouvrages d’art subissent une usure accélérée sous le poids des convois lourds.
Les chantiers engagés par la SETRAG commencent à porter leurs fruits. Durant les six premiers mois de l’année 2026, 34 kilomètres de traverses et 33,9 kilomètres de rails ont été intégralement posés. Résultat : les déraillements sur la voie principale sont tombés de six (au premier semestre 2025) à trois (au premier semestre 2026). Ces interventions s’insèrent dans le Programme de Modernisation et de Sécurisation (PMS), qui cumule déjà 400 kilomètres de traverses rénovées et 160 kilomètres de rails remplacés.
Un plan d’investissement massif
Le programme de réhabilitation franchit un nouveau palier pour transformer durablement l’ensemble de l’axe. Le PMS prévoit à terme :
- La pose de 270 kilomètres de nouveaux rails ;
- La généralisation des traverses en béton à la place du bois ;
- La création de 40 kilomètres de voies de déviation dans les zones géologiquement instables ;
- Le déploiement d’équipements de signalisation de dernière génération ;
- Le renouvellement du parc de voitures voyageurs et la réfection des gares d’Owendo et de Franceville.
En juillet 2026, un partenariat financier réunissant Proparco, la Société financière internationale (SFI) et la SETRAG a mobilisé 312 millions d’euros pour engager une nouvelle étape de travaux, axée sur la hausse des capacités et la diversification du trafic.
Cap sur la diversification économique
Les autorités affichent des priorités nettes : porter le trafic global à 21 millions de tonnes de fret par an d’ici 2029, contre environ 9 millions de tonnes aujourd’hui.
L’enjeu n’est pas uniquement quantitatif. Il s’agit de faire du réseau un moteur pour les activités hors secteur minier :
- Soutenir les producteurs locaux et les PME de l’intérieur en leur garantissant un accès direct et économique aux zones urbaines et aux infrastructures portuaires.
- Redonner confiance aux usagers, grâce à des trains plus sûrs, plus ponctuels et mieux équipés.
Un actif stratégique pour le Gabon
Avec des millions de tonnes en transit et des milliers de passagers à bord, la fiabilité du Transgabonais touche directement à l’intérêt national.
Alors que le pays mise sur la transformation de ses ressources brutes et le renforcement de son autonomie économique, son épine dorsale ferroviaire doit suivre la cadence. La réussite de ce chantier ne s’évaluera pas seulement au kilométrage de rails posés, mais à la capacité du réseau à soutenir, sur le long terme, la croissance de tout le pays.




